Avec le retrait du service actif des Mirage F1 de l’armée de l’air, c’est la tradition de la reco « pure » qui s’éteint un petit peu, tout comme le mot d’ordre du 2/33 « first in, last out ». « Chaque fois qu’une opération se déclenche, le premier besoin que nous avons, ce n’est pas du strike, c’est du renseignement », explique le capitaine Manuel. « On a toujours été les premiers sur les conflits pour ramener du renseignement et les derniers à partir parce qu’une fois que la campagne de bombardement est achevée, il faut aller voir le résultat. »
Le Mirage F1, qui possède également des capacités d’assaut conventionnel, est avant tout destiné aux missions de reconnaissance pure. Au temps de la Guerre froide, les pilotes partaient pour des missions à très basse altitude et à très grande vitesse, cachés sous les couvertures radars pour aller chercher un renseignement tout en évidant les systèmes de missiles ennemis, explique le pilote de chasse. « La reconnaissance à l’ancienne est dure et demande de l’expertise, que nous n’avons plus aujourd’hui. Les vrais recce man, les fous de la grande époque, on n’a pas la moitié de leur niveau ». Deux causes à cela : Le 2/33 effectue d’autres types de missions (permanence opérationnelle, police du ciel…), alors qu’avant les Mirage F1 ne faisaient que de la reconnaissance, mais aussi parce que le développement de la doctrine « zéro risque » a pris le dessus, comme le détaille le capitaine Manuel : « Aujourd’hui, on ne veut pas perdre un avion, donc on fait de la photo ou du bombardement de loin, pour être sûrs de ne rien risquer ».
Il n’empêche, si la reco à l’ancienne n’est plus utilisée dans les conflits actuels, le 2/33 s’y entraîne toujours et transmettra son savoir en la matière lors des futures affectations dans les escadrons de Rafale ou de Mirage 2000D. « Le vol en monoplace, à basse altitude, ça va disparaître avec les Mirage F1, on n’aura plus que du vol à haute altitude avec un pod. C’est pour ça qu’avant la fin de vie, on essaye de transmettre ce qu’on sait faire en échangeant au maximum avec les autres pilotes et en transférant les IP (interprètes images), pour avoir un petit « pool » de gens qui continuent quand même à transmettre ce savoir faire « à l’ancienne » », explique le capitaine Damien, également pilote au « Savoie ».
« On a l’habitude de dire que l’oeil du pilote c’est le premier capteur du pilote de reco » déclare le lieutenant-colonel Christophe, commandant en second du « Savoie ». « Cette faculté de pouvoir s’entraîner et de chercher du matériel au sol et de pouvoir l’identifier, c’est un entraînement qui porte ses fruits pour tout ce qui est mission d’appui-feu au notamment. C’est complémentaire du travail effectué par le pilote ou le navigateur avec son pod. »
Après le retrait du service actif des Mirage F1, ce sont les Rafale avec le pod Reco NG et les Mirage 2000D avec la capacité ASTAC qui vont assurer la continuité des missions de reconnaissance effectuées jusque là par les F1. La DGA avait d’ailleurs chargé l’équipementier Thales d’adapter les nacelles ASTAC en février 2012.








