C’est dans un aéroport tristement désert, entre les petites pointes de trafic du matin et du soir que Mickaël Nogal, député de Haute-Garonne et vice-président de la commission des Affaires économiques à l’Assemblée nationale est allé à la rencontre des représentants de l’Association des Métiers de l’Aéroportuaire (AMA) sur la plateforme de Toulouse-Blagnac (ATB) le 9 juin dernier.
Les entreprises du secteur, qui regroupent une multitude d’activités (handling, catering, escale, sûreté, services aux passagers…) ont jusqu’à présent relativement bien résisté aux différentes vagues des suppressions de vols grâce aux dispositifs de soutien mis en place par l’État depuis le début de la pandémie. Mais le redémarrage très lent du trafic et l’absence réelle de visibilité au-delà de l’été inquiète sérieusement les entreprises de la filière, d’autant que le gouvernement en en train de réduire progressivement les aides aux entreprises avec le redémarrage de l’économie.
Mickaël Nogal s’est évidemment beaucoup investi dans l’élaboration du plan de relance de la filière aéronautique l’année dernière, une mission qu’il continue de poursuivre en assurant un suivi régulier de toutes les mesures mises en place. « Je suis plutôt optimiste pour l’industrie aéronautique, notamment avec les dispositifs tels que l’activité partielle et l’activité partielle de longue durée (APLD), les (PGE,), le fond le fonds de solidarité ; tout cela a permis de sauver un grand nombre d’entreprises » précise-t-il. L’intégralité des mécanismes et des efforts mis en place par le gouvernement a aussi permis aux métiers aéroportuaires de résister au plus fort de la crise, en dépit d’une très importante baisse de trafic.
Mais comme le souligne Matthieu Jeandel , Vice-président Stratégie & Audit du groupe de catering Newrest et représentant de l’AMA en Occitanie, la filière des métiers aéroportuaires est dans une situation bien différente de celle de la filière aéronautique, avec un gros manque de visibilité. « La réalité est que l’impact a été profond et que la reprise va être lente et très progressive. Nous sommes sur des secteurs d’activités avec une multitude de métiers différents, mais avec finalement très peu de polyvalence entre eux, et nous allons devoir réarmer et remobiliser des ressources avec un niveau d’activité extrêmement faible » annonce-t-il. Selon lui, les prévisions oscillent entre un niveau de trafic compris entre 25 et 35% en offre de sièges par rapport à 2019 pour cet été.
Plus de 8 000 emplois directs et indirects pourraient ainsi être menacés pour le seul aéroport de Toulouse, l’équivalent de 10% du total des effectifs qui font fonctionner la plateforme, alors que 3 000 emplois saisonniers n’ont déjà pas pu être créés. La réalité est évidemment la même dans tout l’Hexagone, la totalité de la filière représentant 350 000 emplois direct et indirect, un emploi sur vingt-cinq en moyenne appartenant à un gestionnaire de plateforme, les autres étant en sous-traitance.
« Ne pas débrancher trop vite les aides »
Matthieu Jeandel explique que le manque de polyvalence entre les métiers aéroportuaires signifie que le redémarrage de différentes activités se fera avec des coûts fixes qui vont venir grever les pertes d’exploitation des entreprises du secteur, faute d’avoir un volume d’activité suffisant pour pouvoir les absorber. « Il ne faut absolument pas débrancher d’un coup les mesures de soutien, car cette reprise va être lente et graduelle et il faut donc adapter les mécanismes en place à la particularité de nos métiers » prévient-il. Ainsi, avec la fin du reste à charge pour l’activité partielle à partir du 30 juin, le critère du chiffre d’affaires va être un élément déterminant, avec le risque de ne plus être éligible aux aides comme les secteurs surprotégés. Matthieu Jeandel souhaite clairement une prolongation du dispositif d’Activité Partielle (AP) jusqu’à la fin septembre ou octobre.
« En gros, cela veut dire qu’au moment ou nous allons avoir besoin de plus d’aide, il y a un risque majeur que les mécanismes de soient débranchés et cela risque de précipiter les difficultés financières pour beaucoup d’acteurs de l’aéroportuaire » résume-t-il. Quant au dispositif APLD, il explique qu’il faudra encore du temps pour négocier les accords avec les représentants syndicaux, ce qu’il estime au minimum à un trimestre. Enfin, Matthieu Jeandel annonce que l’AMA est en train de créer des ponts entre les métiers CHR (Hôtellerie-Restauration). « Nous avons des doutes sur le volume que cela peut capter compte tenu de nos métiers très spécifiques et des formations particulières. Nous sommes par ailleurs particulièrement disposés à travailler avec le gouvernement sur des problématiques de prises en charge des formations pour pouvoir réorienter une partie des effectifs sur d’autres secteurs d’activités » a-t-il ajouté.
Le député Mickaël Nogal s’est évidemment montré sensible aux difficultés que traversent les acteurs du secteur aéroportuaire. Il faut dire qu’il est particulièrement attaché à l’aéronautique d’une façon plus large, ayant d’ailleurs effectué son premier stage d’études au sein même de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.
L’État sera bienveillant face aux difficultés des entreprises de l’aéroportuaire
Le député de Haute-Garonne s’est déjà récemment entretenu avec la Direccte (désormais DREETS, pour Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) sur le sujet pour faire du « sur mesure, entreprise par entreprise ». « J’entends ce message qui faut donner du temps à un secteur en difficulté comme les métiers aéroportuaires. Nous tenons à ce que les entreprises traversent les prochains mois avec un maximum de stabilité, malgré les incertitudes, et il y aura un regard bienveillant de l’État sur la situation de vos entreprises » annonce-t-il aux différentes sociétés membres de l’AMA présentes lors de cette réunion.
Il rappelle aussi que les métiers aéroportuaires forment un secteur très spécifique, soumis à de nombreux aléas, notamment avec l’empilement des réglementations nationale, européenne et internationale. « C’est peut-être là un point négatif au niveau européen, contrairement aux États-Unis ou en Chine où l’on voit le trafic domestique reprendre à ses meilleurs niveaux, en appliquant les mêmes règles. En Europe c’est plus compliqué » note-t-il. « J’échange aussi beaucoup avec le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari sur ce sujet pour harmoniser les mesures sanitaires à l’échelle européenne ».
Mais Mickaël Nogal a également voulu rappeler que les aéroports étaient des pourvoyeurs d’emplois très localisés et non délocalisables, avec de nombreux profils peu, ou non qualifiés, qui montent en compétences. « Au-delà du fait que l’on sauve des entreprises, derrière il y a des impacts sur tout un tissu économique et social qu’il est important de protéger », a-t-il souligné.








