Des négociations au point mort. Alors que la grève des pilotes en est à son premier jour, Air France et le SNPL semblent ne pas pouvoir s’entendre pour trouver une issue au conflit qui provoque des centaines d’annulations de vols et coûte 10 à 15 millions d’euros chaque jour à la compagnie. Même sur les chiffres, les deux parties ne sont pas d’accord. Air France parle de 60% de pilotes grévistes – qui provoquent 52% d’annulations le 15 septembre et 60% le 16 septembre. Le SNPL avance un taux de 75% de grévistes. Par ailleurs, le syndicat explique que le programme de vols de mardi et surtout mercredi sera de plus en plus ténu, la réserve de pilotes managers s’épuisant : « mercredi, ce sera extrêmement compliqué » estime Jean-Louis Barber, président du SNPL Air France ALPA. Par ailleurs, le SPAF, deuxième syndicat de pilotes, a prolongé de deux jours son préavis de grève. Retour sur les raisons de ce conflit.
A l’origine était Transavia. Outil d’Air France-KLM pour lutter contre la puissance croissante des compagnies low-cost en Europe, la filiale du groupe est appelée à se développer. Le projet d’Air France-KLM est de faire grossir Transavia France, la faisant passer à plus d’une trentaine d’appareils dans les trois ans, pour reconquérir le marché européen et renforcer sa position à Orly. Le groupe veut également créer Transavia Europe, une autre variation du modèle low-cost avec des bases dans d’autres pays européens que la France et les Pays-Bas, avec des contrats de travail locaux, « pour se placer à la bonne échelle face aux concurrents, qui ont des centaines d’appareils contre 44 pour Transavia, et qui transportent plus de passagers qu’Air France-KLM sur le moyen-courrier », explique Alexandre de Juniac. Un projet qui engendrerait la création d’un millier d’emplois.
Le SNPL veut un contrat unique pour tous les pilotes moyen-courrier
Sur le principe, pas d’opposition. « Le SNPL souhaite le développement de Transavia », affirme Jean-Louis Barber, « mais pas à n’importe quelle condition ». Le SNPL regrette un projet brouillon, « pas très construit » et qui met en danger des emplois de pilotes chez Air France. « On n’est pas sur un projet de croissance, c’est un projet de redéploiement. Il suppose de casser le réseau moyen-courrier d’Air France pour mettre à disposition des créneaux à Orly » pour Transavia France. Par ailleurs, « comment traite-t-on la saisonnalité, que fait-on des personnels en hiver ? », s’interroge-t-il.
« L’agilité est fondamentale. » C’est pourquoi le SNPL a présenté un projet de contrat unique, « remettant à plat la façon dont sont pensés les accords de périmètre. » Ses projections montrent en effet que les rémunérations des pilotes de Transavia et d’Air France sont appelées à être similaires. Autant créer un contrat commun, applicable quelle que soit l’activité, améliorant les capacités d’adaptation du groupe.

Alexandre de Juniac, président d’Air France-KLM, et Frédéric Gagey, président d’Air France © Le Journal de l’Aviation – tous droits réservés
« La croissance de Transavia ne se fait pas sur la décroissance d’Air France. »
Une hérésie pour la direction d’Air France. « C’est LA condition que nous ne pouvons pas accepter », tranche Alexandre de Juniac. « Cette demande va contre l’expérience accumulée depuis trente ans » qui montre qu’on ne développe pas une low-cost avec les conditions d’une compagnie classique. « C’est un recul sur tout » ce qui a été négocié depuis 2007.
Frédéric Gagey, PDG d’Air France, explique que la peur des syndicats d’un transfert des emplois chez Transavia France au détriment du moyen-courrier Air France et d’une délocalisation vers Transavia Europe est « hors de propos. » Il souligne que la restructuration du moyen-courrier point-à-point Air France surviendra quoiqu’il arrive sur les lignes déficitaires et qu’il s’agit d’un problème sans lien avec le développement de Transavia. « La croissance de Transavia ne se fait pas sur la décroissance d’Air France. » Au contraire, elle permettrait de conserver les créneaux à Orly qui seront de toute façon libérés par Air France et d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains des concurrentes.
En revanche, Air France souligne qu’elle a concédé un droit de regard sur le développement de la compagnie et la prolongation du système actuel de passerelle – qui permet à un OPL Air France d’aller piloter pour Transavia aux conditions de Transavia mais en touchant une prime, ainsi que de passer commandant de bord chez Transavia et de conserver son statut en revenant chez Air France. « Il n’y a pas de négatif, personne n’y perd », conclut Alexandre de Juniac.
| La grève vue des Pays-Bas
Steven Verhagen, président du Dutch ALPA, est venu soutenir ses collègues français le 15 septembre. Selon lui, l’attitude d’Air France-KLM fait naître « un danger imminent sur les conditions de travail des pilotes. » Les PNT de KLM « ne font pas grève car KLM ne brise pas l’accord conclu au sujet de Transavia Holland, or c’est exactement ce que fait Alexandre de Juniac. » Une grève de soutien n’est toutefois pas totalement exclue. Son discours a également trahi une pointe d’inquiétude concernant la création de Transavia Europe. « C’est une très bonne chose de créer des emplois de pilotes en Europe mais cela ne doit pas interférer avec nos emplois, chez nous », indique-t-il. Une inquiétude partagée par le SNPL, plus virulent : « nous refusons le principe d’exportation du travail et d’importation du chômage. » |








