Un contexte très concurrentiel, des redevances aéroportuaires qui ne cessent d’augmenter, des taxes qui pénalisent les compagnies aériennes… Le secteur du transport aérien français semble être au bord de l’agonie.
En déficit depuis de nombreuses années, les compagnies aériennes traditionnelles françaises perdent, selon les syndicats nationaux de pilotes de ligne, 8 % de parts de marché chaque année et ont licencié plus de 15 000 personnes ces cinq dernières années, dont la majorité chez Air France. La compagnie aérienne nationale s’est en effet séparée de plus de 12 000 salariés, à coup de plans de départs volontaires successifs.
Une période d’embauche difficile. Tour d’horizon des secteurs clés en France
Dans cet environnement douloureux, le transport aérien français enregistre une baisse notable de ses recrutements. Ainsi, dans son rapport social portant sur l’année 2012, la Fédération Nationale de l’Aviation Marchande (FNAM) fait état d’une diminution préoccupante des créations d’emplois dans le secteur. La fédération parle d’une « diminution nette des emplois en 2013 » causée par « le pessimisme des entreprises. »
Alors qu’en 2012 le secteur représentait 101 185 emplois directs pour une production cumulée de 22,1 milliards d’euros, « aujourd’hui, le transport aérien dans sa globalité compte environ 130 000 salariés, dont 100 000 employés directement au sein de près de 460 entreprises », indique Myriam Alcandre, responsable emploi et formation au sein de la FNAM. « Nous nous trouvons dans une passe difficile avec des entreprises qui se restructurent. Nous constatons une baisse de l’emploi depuis 2012. Avant cette date, la baisse de l’emploi au sein des compagnies aériennes était compensée par l’assistance en escale. Ce n’est plus le cas. Les recrutements, et notamment dans certaines niches, ne permettent plus de compenser les départs », ajoute-t-elle. Par ailleurs, Myriam Alcandre table sur une reprise dans un an ou deux ans.
Sur le marché européen, les compagnies aériennes traditionnelles ne recrutent plus, car confrontées à une concurrence féroce des low cost. Elles sont actuellement en train de repenser leur modèle pour gagner en compétitivité et ainsi regagner la piste de la croissance. Pour ce faire, elles mettent en place de nombreux dispositifs : plans sociaux, développement du haut de gamme pour se démarquer des low cost, un positionnement proche du low cost à travers notamment le lancement ou le rachat d’une compagnie à bas coût (Lufthansa avec Germanwings, IAG avec Vueling et Air France essaye avec Transavia France). Les plans de recrutements ont donc fait place aux plans de restructuration.

Sur l’activité cargo, la situation n’est pas meilleure. Pour réduire leurs coûts, les compagnies optent pour l’abandon du tout cargo au profit du développement d’une activité de fret en soute. C’est le cas chez Air France par exemple qui prévoit de se séparer progressivement de sa flotte cargo qui est passée de 10 à 5 avions.
Les aéroports aussi, malgré un trafic passager record enregistré en 2013 (172 millions de passagers accueillis, principalement transportés par les low cost), se battent pour améliorer leurs coûts, à travers notamment des licenciements. La société aéroportuaire francilienne Aéroports de Paris a annoncé un plan de départs volontaires visant 370 salariés. Sa mise en œuvre est prévue au cours du second trimestre 2014 (fin mars).
Dans le rapport sur l’« Étude de cadrage démarche gestion prévisionnelle emploi et compétences », réalisé par le cabinet Amboise Bouteille et Associés pour la FNAM dans le cadre de l’Accord pour le Développement de l’Emploi et des Compétences (ADEC) pour le secteur de l’aérien, le marché de l’assistance en escale est plutôt mitigé. D’un côté des effectifs en baisse (escale, passage et piste…) et de l’autre côté des effectifs en stagnation (métiers du trafic, des opérations, du contrôle aérien, ou encore de l’exploitation des infrastructures et de la technique – maintenance aéronautique en ligne…).
La baisse ou le gel des recrutements dans les métiers de l’assistance en escale peuvent s’expliquer par le fait que les compagnies aériennes externalisent certaines de leurs activités au sol, notamment la sûreté et la sécurité. Mais aussi par l’évolution des postes devenus beaucoup plus polyvalents, précise Amboise Bouteille et Associés. Cette polyvalence sert à combler les baisses de main-d’œuvre, selon le cabinet d’études.
Dans la maintenance, le marché européen connaît une stagnation au profit de l’Asie, les États-Unis et l’Amérique du Sud. Les sociétés de maintenance basées en Europe connaissent également une concurrence venue de pays low cost comme l’Europe de l’Est et certains pays du Maghreb. Les délocalisations des activités de maintenance d’avion dans ces zones où la main-d’œuvre coûte moins cher entraînent une diminution des effectifs sur le Vieux Continent.
Selon Amboise Bouteille et Associés, « aujourd’hui l’offre de services [dans la maintenance, ndlr] serait supérieure à celle de la demande en France ». Par conséquent, les sociétés misent sur la maintenance et l’entretien des moteurs, un marché plus porteur. Sur ce segment, Air France Industries, basée à Roissy-Charles de Gaulle, figure parmi les leaders mondiaux.
Le client au cœur des stratégies de développement
Améliorer les services apportés aux clients, miser sur l’expérience de voyage, sur le confort… les sociétés de l’aérien (compagnies aériennes et aéroports) misent plus que jamais sur le service client pour gagner de nouvelles parts de marché. Aéroports de Paris par exemple est rentré dans une démarche d’amélioration de son service à la clientèle pour augmenter son résultat. Parallèlement au plan de départs de volontaires lancé, la société aéroportuaire francilienne a annoncé 180 recrutements concernant des agents d’accueil et des techniciens de maintenance.








