Alors que l’opération Sangaris lancée par la France en République Centrafricaine a soufflé sa première bougie au début du mois, les hélicoptères Fennec de l’armée de l’air basés à Bangui sur le camp de M’Poko comptabilisent eux aussi une année de présence sur le territoire centrafricain. Le détachement est en effet présent sans discontinuer depuis douze mois sur le théâtre d’opérations.
« Tout était prêt il y a un an pour qu’on puisse se déployer rapidement (trois semaines, NDLR), puisque nous avions lancé il y a un an et demi une réflexion sur notre capacité à s’engager sur un tel théâtre, avec notamment des entraînements en Côte d’Ivoire, avec les forces spéciales et la force Licorne. On a beaucoup travaillé et diversifié nos modes d’action », explique l’un des membres à la tête du détachement.
Le contingent actuel comprend 18 personnels, dont quatre pilotes, issus des escadrons d’hélicoptères 3/67 « Parisis » de Villacoublay et 5/67 « Alpilles » d’Orange. Présents sur le territoire centrafricain pour une durée de dix semaines en moyenne, les militaires sont intégrés au SGRM, le sous-groupement de renseignement multicapteurs.
« Elongation, autonomie, fiabilité » et l’atout complémentaire, « polyvalence », tels sont les maîtres mots qui décrivent les capacités d’action des Fennec en RCA. Car les machines ont fait leurs preuves tout au long de leurs différents déploiements sur le territoire africain, que ce soit en Côte d’Ivoire ou encore au Gabon. « La machine reste très fiable, elle peut aller loin et sait être autonome », tout en résistant aux contraintes climatiques et géologiques que sont la poussière, l’humidité, la chaleur. On parle de « bonnes performances » dans cet environnement particulier, avec peu d’érosion et surtout pas de difficultés causées par la poussière, comme c’est par exemple le cas au Tchad, avec la présence de silice, qui « attaque » les cellules des appareils. « L’inspection des machines est plus fréquente, certes, mais nous n’avons jusque là pas constaté de pannes liées à l’environnement. »
Le taux de disponibilité du détachement de Fennec grimpe ainsi à environ 80%. Un bon chiffre au vu de l’activité aérienne, qui atteint 45 heures de vol par mois et par hélicoptère, avec une moyenne de trois heures de vol par jour et par machine et une à deux alertes.
« L’appui au renseignement constitue 90% de nos missions, mais il arrive que nous fassions parfois de l’appui feu », détaille-t-on à Bangui. Les missions de renseignement revêtent aussi une partie reconnaissance, notamment lorsqu’il s’agit d’aller vérifier au préalable sur quel terrain les troupes au sol vont s’engager. C’est le cas par exemple pour les gros convois humanitaires, avec des véhicules qui ne pourront pas rebrousser chemin. « La reconnaissance effectuée par les Fennec va permettre de planifier les options de la mission », explique un membre du détachement.
Mais au-delà de la reconnaissance et de l’appui-feu, les Fennec de Centrafrique peuvent également effectuer des missions d’évacuations sanitaires ou de simple transport et sont ainsi décrits comme de véritables « couteaux suisses ».
Une cinquième caractéristique peut également être ajoutée au catalogue des compétences des Fennec, celle de la réactivité. Car ils peuvent être mis en oeuvre en « moins de 20 minutes », une capacité héritée – entre autres – de la réactivité qui est de mise sur le territoire national en cas d’alerte MASA (Mesure active de sûreté aérienne). Et « ça ne décolle pas que pour cinq minutes », à l’image d’une mission lancée récemment et qui a vu la mise en place d’un Fennec « renseignement », qui est resté sur place une dizaine de jours. Le Fennec restant a fait office de moyen logistique et a acheminé du matériel en un après-midi.
« Un minimum de pièces, un minimum d’entretien », une équation à laquelle on pourrait ajouter « un minimum de personnels », puisque les militaires engagés dans cette mission étaient au nombre de quatre, soit deux pilotes, un photographe et un mécanicien. L’empreinte logistique à M’Poko est également assez faible et comprend entre autres un chef mécanicien, un chef du soutien, un mécanicien-ravitailleur, un armurier.
Du côté des équipements présents à l’intérieur des Fennec, on retrouve notamment une caméra thermique, qui permettra de transmettre des images au sol. Du renseignement en temps réel s’il s’agit de photos, avec un délai de 10 minutes pour la transmission de vidéos. Du fait de sa qualification « attaque », le Fennec est également équipé d’un blindage multimodulaire : le plancher et la soute peuvent être blindés en fonction de la mission, le pilote l’est quant à lui toujours ainsi que son siège et des pistolets et des FAMAS ne sont jamais loin, si la mission exige un éloignement plus important du camp. Des tireurs d’élites et d’une caméra encore plus performante permettraient une augmentation certaine des capacités, mais elles ne sont pour l’instant pas encore au programme.
Les Fennec, « une des machines les moins coûteuses de l’armée de l’air », fait quotidiennement ses preuves sur le terrain centrafricain et devrait continuer dans sa lancée pendant quelques mois encore.








