Engagés dans la bande sahélo-saharienne depuis le mois de juin 2014, les Caracal et les Puma de l’escadron d’hélicoptères 1/67 « Pyrénées » ont repris une partie des missions menées jusque là par l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) au Tchad. C’est la seconde fois que le Pyrénées se retrouve au Tchad, après un premier déploiement effectué au profit de la mission européenne EUFOR Tchad en 2008.
Cette fois-ci, le mandat regroupe un grand nombre de missions : « On est là pour l’appui à la force Barkhane, de type appui-feu, aérotransport, transport de charges, bref toutes les missions héliportées habituelles d’un théâtre, mais on a aussi une double casquette, puisqu’on assure également toute les opérations de personal recovery (PR, ndlr) au profit des avions de chasse et de transport », explique-t-on au sein du détachement. Car les opérations de CSAR (recherche et sauvetage au combat) sont l’une des spécificités du Pyrénées, qui est aussi bien apte à intervenir dans des zones où le risque est peu élevé que dans des milieux « un peu plus dangereux » avec présence de menace type sol-air.
Actuellement, ce sont quatre hélicoptères de l’escadron qui tournent dans le ciel du Sahel. Deux Caracal sont basés à N’Djaména, aux côtés des Rafale et des C-130, deux Puma sont eux à Madama au Nord Niger depuis le début du mois de janvier. « Tout le plot a quasiment été scindé en deux, avec une équipe technique qui est montée sur place », explique un des militaires du Pyrénées. Le détachement de Madama compte une dizaine de personnels, tandis que celui de N’Djaména en comprend une trentaine.
Une des difficultés des missions de l’EH 1/67, « c’est bien de rester en alerte, car tout peut basculer en très peu de temps ». Car les hélicoptères peuvent être envoyés en renfort sur le théâtre sahélo-saharien, voire même jusqu’en Centrafrique. C’est ce qui s’est produit lors du premier mandat, lorsque la force Sangaris a eu besoin d’un renfort d’hélicoptères pendant une semaine par exemple. Les Caracal sont également allés jusqu’à Madama et auraient même participé à une opération de protection du terrain de Diffa, au Niger, lorsque Boko Haram menaçait l’emprise. Le Pyrénées pourrait également être amené à participer à un plan d’évacuation des ressortissants français le cas échéant, dont les modalités sont déjà prévues et consignées.
Les deux Caracal de N’Djaména sont quasiment en alerte permanente, car dès qu’un avion décolle, le détachement doit se tenir prêt en cas de besoin, en termes de MEDEVAC (évacuation médicale) ou de PR. Pour les missions d’évacuations médicales, le Caracal est configuré pour pouvoir transporter un blessé couché « entièrement médicalisé », comprenant le défibrillateur externe et éventuellement l’oxygénothérapie. La soute peut être aménagée pour évacuer jusqu’à six civières et une équipe médicale est d’alerte permanente sur N’Djaména, avec un médecin et une infirmière prêts à partir avec l’équipage de l’hélicoptère. Les missions d’évacuation médicale/sanitaire sont conduites de manière ponctuelle et « très variable » selon le commandant A. : « ça peut aller de la simple fracture à quelque chose de plus grave, mais pour l’instant, on n’a rien eu de ce qu’on pouvait avoir en Afghanistan, avec des militaires qui avaient été au combat et qui s’étaient retrouvés en situation difficile ».
Les machines sont cadencées à 30 heures de vol par mois et par machine, soit un total d’une centaine d’heures de vol pour l’ensemble du détachement sur un mois, ce qui est « plutôt bien ». Le détachement a également la capacité d’effectuer des maintenances « relativement lourdes » directement sur place, ce qui évite les échanges de machine, lourds en termes de logistique car nécessitant soit un Antonov, soit un Hercules. « Ce n’est pas une prouesse technique », mais effectuer une visite intermédiaire de 800 heures représente tout de même un gain certain en termes de permanence des appareils sur place.
Concernant l’érosion des moteurs qui avait fait parler d’elle en 2014, le problème est aussi bien pris en compte par la SIMMAD, l’armée de l’air, Airbus Helicopters et Turbomeca, qui travaillent de concert pour assurer à l’armée de l’air un taux de disponibilité raisonnable des appareils et pallier aux difficultés rencontrées sur le territoire tchadien. « Les machines sont confrontées à un environnement de travail qui est très sévère, face à un sable très particulier dans toute la BSS, qui est très différent selon que vous soyez à Tombouctou, Kidal, à Gao, au Nord Niger ou à N’Djaména », explique le commandant A., qui ajoute qu’il y a « deux grosses problématiques : le sable et l’herbe à chameau ». Celle-ci s’infiltrait en effet au niveau des entrées d’air moteur et des extracteurs de sable, et les bouchaient complètement. Problème réglé par Airbus Helicopters, qui a développé des grilles de protection. Turbomeca a de son côté « durci » ses turbines avec un matériau supplémentaire de protection au niveau des zones de compresseurs.
Au final, le taux de disponibilité des Caracal n’a pas été affecté tant que ça, dépassant ainsi les 80%. Et si les Puma stationnés à Madama ont au début souffert de l’absence d’abri lors de vents de sable, la situation semble aujourd’hui s’être nettement améliorée. Une bonne nouvelle pour l’escadron, qui peut ainsi continuer sans jamais vraiment s’arrêter ses missions au profit de la mission Barkhane.








