Et de deux ! Après l’Égypte en février, c’est au tour de l’Inde de signer pour l’acquisition d’avions de combat Rafale. Selon les déclarations communes du président de la République François Hollande et du Premier ministre indien Narendra Modi, actuellement en visite à Paris, l’Indian Air Force va faire l’acquisition de 36 Rafale.
Après une déclaration de François Hollande, qui a décidé de laisser la primeur de l’annonce à Narendra Modi, le premier ministre indien a annoncé qu’il avait requis l’acquisition de 36 Rafale « prêts à voler », « aussi rapidement que possible ». Les termes et conditions de cette vente sur étagère doivent encore être discutés.
François Hollande a ensuite ajouté que le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian se rendrait en Inde « le plus rapidement possible ».
Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier a pour sa part déclaré dans un communiqué : « au moment où nous livrons les premiers Mirage 2000 rétrofités, je me réjouis de la décision des Autorités indiennes qui donne un nouvel élan à notre partenariat pour les prochaines décennies et qui s’inscrit dans la relation stratégique unissant la France et l’Inde ». L’avionneur se dit « honoré de la confiance réitérée du Gouvernement indien et se félicite de son intention de finaliser une acquisition de 36 Rafale », et remercie les autorités indiennes pour l’opportunité « de poursuivre et de renforcer leur collaboration ».
Le quotidien national Le Monde avait révélé ce matin que les négociations sur ce sujet avaient duré « toute la nuit » et s’étaient poursuivies dans la matinée.
L’accord annoncé ce 10 avril porte donc sur 36 appareils. Le montant du contrat n’a pas été dévoilé. Il s’agit de la seconde vente à l’export du chasseur de Dassault Aviation, 29 ans après le vol du premier démonstrateur. Un « achat sur étagère », les avions seront produit en France par l’avionneur et ses 500 sous-traitants.
Cette vente de Rafale à l’Inde était espérée de longue date. Dassault Aviation était entré en phase de négociations exclusives avec le gouvernement indien le 31 janvier 2012, suite à l’appel d’offres MMRCA (Medium Multi-Role Combat Aircraft) lancé en… 2007. Il s’agissait alors de préparer un contrat pour l’achat de 126 Rafale, dont les 18 premiers exemplaires seraient produits en France, les 108 restant devant être construits et assemblés en Inde avec le partenaire industriel HAL, en phase avec le programme « make in India », dont le but est de favoriser l’industrie nationale.
Le contrat MMRCA devait donc inclure une forte part de transferts de technologie, afin de pouvoir délocaliser la production du Rafale à l’extérieur du territoire national. Les offsets ont ainsi représenté le point névralgique des discussions, qui ont également porté sur le transfert de responsabilité de la production, ceci expliquant en partie que les négociations aient autant traîné en longueur. Début mars, le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier assurait être « confiant », affirmant plus tard que 95% du contrat était finalisé.
La décision annoncée ce jour ne semble donc pas « cadrer » totalement avec l’ambition de l’Inde de renforcer son industrie de Défense, mais s’explique en partie par des « nécessités opérationnelles ». Autrement dit, l’Inde souhaite pouvoir disposer de ses avions de chasse rapidement, en raison de « tensions » avec ses voisins, aussi bien pakistanais que chinois, mais aussi pour remplacer une flotte de MiG-21 et MiG-27 vieillissante et maintenir ainsi son armée de l’air à niveau. Chose qui n’aurait pas été possible sur le court terme, le processus de transfert de technologies du contrat MMRCA prévoyait en effet une production progressive, qui devait débuter par l’assemblage final du 19ème exemplaire puis avancer « petit à petit » plus en amont sur les autres phases.
Suite à cet achat sur étagère, va se poser la question des cadences de livraison – et donc de production du Rafale. Pour l’année 2015, Dassault avait tablé sur huit livraisons, trois pour l’Égypte, cinq pour les forces armées françaises. Eric Trappier avait déclaré à la mi-mars qu’il n’y avait « pas de nécessité » pour l’instant d’augmenter les cadences. Ce contrat indien pourrait cependant changer la donne et l’avionneur de Saint-Cloud pourrait ainsi monter à 2,5 avions par mois, voire même « un peu au-dessus », au lieu d’un avion par mois.
Quid donc du contrat MMRCA et de ses 126 Rafale ? Les deux hommes politiques ne sont pas rentrés dans les détails, mais Narendra Modi a déclaré que le programme « make in India » était une « vraie ambition », soutenue par la France et qu’il espérait que « les entreprises indiennes et françaises travailleront ensemble sur les équipements de Défense et de sécurité ». Les négociations ne sont pas interrompues, mais les prévisions en terme de cible d’avions pourraient être modifiées – ou non -, sans plus d’informations disponibles pour l’instant.








