C’est une victoire historique pour Dassault Aviation, qui a remporté son premier contrat à l’exportation pour le Rafale. Celui-ci sera vendu à l’Égypte, en vertu d’un accord dont la signature a été annoncée aujourd’hui.
L’Élysée a annoncé par voie de communiqué que « les autorités égyptiennes viennent de […] faire savoir ce jour leur intention d’acquérir 24 avions de combat Rafale et une frégate multi-missions ainsi que les équipements associés ». Le contrat est évalué à cinq milliards d’euros.
Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier a quant à lui déclaré dans un communiqué publié dans la soirée : « Dassault Aviation sera au rendez-vous qu’elles [les autorités égyptiennes] viennent une nouvelle fois de nous témoigner ». Il remercie également les autorités françaises pour le soutien politique « sans lequel il ne peut y avoir d’exportation militaire », ainsi que « la compétence des 7 000 salariés qui travaillent sur le Rafale chez Dassault Aviation, Thales, Safran et dans les 500 entreprises sous-traitantes ».
La signature officielle aura lieu le lundi 16 février au Caire, en présence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, mais également des PDG de DCNS Hervé Guillou et de MBDA Antoine Bouvier.
Ce n’est finalement ni l’Inde, ni le Qatar, mais bien l’Égypte qui finalise donc le premier contrat export du Rafale, mettant ainsi fin à la série noire des échecs du chasseur français. Corée du Sud et Pays-Bas en 2002, Singapour en 2005, Maroc en 2007, Suisse en 2011, Brésil en 2013, autant de mauvais souvenirs qui ont marqué les débuts de carrière du Rafale, un chasseur uniquement opéré par l’armée de l’Air et la Marine nationale, mis en service en 2004 dans la Marine, déclaré opérationnel dans l’armée de l’air en 2006. L’avion de combat multirôles, dont les performances « combat proven » sont reconnues avec les récentes opérations en Libye, au Mali et en Irak, peinait jusque-là à trouver acquéreur à l’étranger et essuyait les revers commerciaux.
Les choses ont semblé se débloquer en janvier 2012, lorsque le gouvernement indien avait annoncé que son choix dans l’appel d’offres MMRCA se portait sur le Rafale de Dassault Aviation, lançant ainsi une phase de négociations exclusives pour un contrat de 126 avions estimé à 11 milliards d’euros. Depuis, les discussions entre l’Inde et l’avionneur français se tirent en longueur, aucun contrat n’a encore été signé, en raison de désaccords entre les deux parties – portant notamment sur la responsabilité industrielle des 108 Rafale qui seront produits en Inde.
Cet achat « sur étagère » du gouvernement égyptien devrait permettre à Dassault Aviation et au ministère de la Défense de souffler un peu. Car la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 prévoit en effet la livraison de 26 Rafale sur cette période et si la cadence minimale de l’usine de Bordeaux-Mérignac est de 11 Rafale par an, le calcul est rapide. A raison de 11 Rafale livrés en 2014, il en reste donc 15 à livrer, soit 11 cette année et quatre en 2016. Après, c’était la grande inconnue, car il fallait absolument vendre 40 appareils à l’export pour tenir les cadences prévues, au risque de devoir racheter les Rafale non-vendus, l’arrêt de la chaîne de production n’étant pas envisageable.
Avec l’exportation de l’avion de combat, le ministère de la Défense peut pousser un « ouf » de soulagement. Celui-ci jongle actuellement avec un budget certes « sanctuarisé » à 31,4 milliards d’euros par an, mais qui comptait justement sur des ventes à l’étranger du Rafale pour maintenir ses objectifs en termes de livraisons. Une « clause de revoyure », programmée pour cette année, devrait permettre de « faire le point sur la trajectoire financière, l’activité opérationnelle, les équipements majeurs » et donc de mettre en perspective les nouvelles cadences de livraisons du Rafale aux forces armées françaises.
Une bonne nouvelle pour l’industrie française
La vente de ces 24 Rafale à l’Égypte ne marque pas uniquement un succès pour Dassault Aviation, mais également pour les 500 sous-traitants de l’avionneur. Les fournisseurs Thales, Snecma, Sagem et MBDA ne devraient pas non plus bouder leur plaisir à la suite de cette annonce : Thales fournira une grande partie des équipements de l’avion de combat, et pourquoi pas de nouveaux équipements tels que son radar à antenne active RBE2 AESA, tandis que Snecma produira bien évidemment les M-88 qui équipent le bi-réacteur. Sagem sera en bonne place pour ajouter des AASM à l’inventaire des armements du Ralafe, MBDA de son côté pourra compter sur la performance de ses missiles air-air MICA et de son missile Scalp.
Si l’Égypte a si rapidement signé, c’est entre autres en raison d’un fort besoin de renouvellement de ses équipements militaires, mais surtout à cause de la situation très tendue dans la région. Le pays doit en effet faire face à de nombreuses attaques djihadistes, notamment dans le Sinaï. La proximité avec la Libye n’est pas non plus sans causer quelques inquiétudes au Caire, qui pourrait ainsi augmenter de manière importante ses capacités de riposte à d’éventuelles attaques.
Enfin, ce contrat pourrait engendrer le fameux effet « boule de neige » et accélérer les négociations dans d’autres pays. En Inde tout d’abord, puisque c’est à ce jour le seul pays avec lequel Dassault Aviation est en phase de négociations exclusives – depuis plus de trois ans, il est vrai, mais également le Qatar, objet de discussions de plus en plus poussées. Et pourquoi pas, relancer l’intérêt de prospects plus lointains, Malaisie, Émirats Arabes Unis ou encore Canada…
Le contrat signé au Caire ce jour comprend également la vente d’une frégate multimissions (FREMM) conçus par DCNS, ainsi que des missiles développés par MBDA. Le Journal de l’Aviation reviendra plus en détail sur toutes ces ventes dans les prochains jours.








