Le ministère japonais de la Défense a dévoilé la semaine dernière ses prévisions en matière de budget pour l’année 2015. Le gouvernement souhaite – tout comme pour l’année 2014 – mettre l’accent sur le développement et la modernisation des capacités ISR, de C2, de communication et de réponse en matière d’attaques de missiles balistiques, de cyberespace, de missions humanitaires et de coopération internationale.
A cet effet, le Japon prévoit d’effectuer une série d’acquisitions d’aéronefs et de moderniser les équipements qu’il possède actuellement, tout en lançant une série de nouveaux programmes.
Le budget 2015 comprend notamment le lancement d’un programme d’hélicoptère spécialisé dans la lutte anti-sous-marine, ainsi que d’un autre hélicoptère de type utilitaire pour des opérations de SAR, afin de remplacer l’actuel UH-1J. L’achat de « tilt rotor » est également prévu, sans doute des V-22 Osprey de Bell-Boeing, dans le but d’amplifier les capacités dans le cadre d’opérations amphibies.
Le budget 2015 inclut également l’acquisition de drones destinés aux missions ISR, dont le constructeur doit encore être sélectionné.
Le ministère de la Défense est actuellement à la recherche d’un nouvel avion de détection et de surveillance aéroportées, afin de renforcer la surveillance dans le sud-ouest, soit la zone proche des îles Senkaku/Diaoyutai, sources d’un conflit de longue date avec la Chine, les deux pays se disputant la propriété du territoire.
Toujours dans une logique de renforcement de sa présence dans le sud-ouest, le ministère précise qu’un escadron de chasse doté de F-15 sera relocalisé et rejoindra la base aérienne de Naha, qui comporte déjà un escadron de F-15. L’implantation d’un escadron d’E-2C sur la base de Naha avait quant à lui été décidé lors de la publication du budget 2014.
Fait intéressant, le Japon souhaite visiblement acquérir un ou plusieurs bâtiments « multifonctions » pour sa marine. Le budget 2015 devrait comprendre des études sur la pertinence d’acquérir des navires capables de servir de centre de commandement et de contrôle, d’apporter une aide médicale, d’être déployés en cas de catastrophe ou de crise humanitaire, d’effectuer des missions de transport et de ravitaillement et d’opérations amphibies, et surtout de déployer des hélicoptères. Une sorte de « couteau suisse » dont les missions ressemblent peu ou prou à celles des BPC de la classe Mistral construits par DCNS.
Dans le domaine de la R&D, le Japon souhaite développer des études pour maintenir ses compétences en matière d’aviation de chasse, dans le but de pouvoir assurer le développement d’un avion de nouvelle génération – avec la possibilité de le faire dans le cadre d’un programme international – afin de remplacer à terme la flotte de F-2.
Des études devraient également être lancées sur les technologies de missiles afin de répondre aux menaces de type balistique, à haute vitesse et à haute altitude.
Le Japon semble revenir doucement mais sûrement sur la scène internationale en matière de Défense, le pays ayant adopté des mesures d’interdiction de vente d’armement à l’étranger et d’interventions extérieures depuis 1947. Une doctrine pacifiste qui a commencé à évoluer ces derniers mois, le gouvernement ayant adopté en juillet dernier une résolution afin de modifier l’article 9 de la Constitution, qui stipule que « le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation ainsi qu’à l’usage de la force comme moyen en cas de conflits internationaux » et que les forces terrestres, navales et aériennes « ne seront pas maintenues ».
Les équipements militaires sont donc utilisés dans une logique d’auto-défense, mais la révision de l’article 9 – qui devrait être au menu de l’année 2015 – pourrait bien changer la donne… et accentuer un peu plus les tensions qui existent déjà avec la Chine, tout en assurant aux États-Unis un allié de choix dans la zone Asie-Pacifique, qui cristallise les enjeux stratégiques et géopolitiques.








