Le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Denis Mercier, s’est exprimé ce matin sur l’accident de F-16 grec qui a fait onze morts, l’équipage de l’Hellenic Air Force ainsi que neuf personnels de l’armée de l’air.
Ce « dramatique accident » est survenu lors du décollage d’une patrouille de quatre F-16, qui participaient à l’exercice OTAN TLP (Tactical Leadership), un exercice de perfectionnement des capacités et de la préparation opérationnelles « d’équipages expérimentés », amenés à opérer en coalition et à y exercer des responsabilités. Le dernier des appareils « a eu un problème qui a fait que son équipage a tenté de s’éjecter ». L’avion a rencontré une panne et a « fortement dévié de sa trajectoire », « de près de 40/45 degrés », avant d’aller taper contre une ligne d’avions, qui étaient eux-mêmes prêts à décoller. Ce qui explique en partie le grand nombre de personnels touchés, les mécaniciens et les pilotes étant en train de préparer les vols.
Le bilan « très très lourd » pour l’armée de l’air comprend neuf personnels décédés et cinq grièvement blessés. Trois d’entre eux ont été transportés à Madrid dans le service des grands brûlés, les deux autres victimes – polytraumatisées – ont été soignées à Albacete. Quatre des blessés ont d’ores et déjà été rapatriés dans des hôpitaux militaires français par l’escadrille aérosanitaire 6/560 « Étampes », deux des blessés de Madrid l’ont été dans la nuit du 27 janvier. Le cinquième, qui souffre de graves brûlures, se trouve pour l’instant toujours à l’hôpital de Madrid, car son état était jusque-là jugé trop préoccupant pour pouvoir le transporter. Le général Mercier a évoqué un potentiel rapatriement « en début de semaine prochaine », si son état continue de s’améliorer, comme cela semble être le cas. Des psychiatres et des psychologues ont été dépêchés en Espagne et sur la BA 133 de Nancy-Ochey.
Les corps des neuf aviateurs seront rapatriés en fin de journée sur la base 133. Une cérémonie d’hommage aux personnels décédés sera organisée lundi 2 février à Nancy, l’hommage national aura lieu quant à lui aux Invalides mardi prochain.
Le CEMAA a souligné la force et l’importance des messages de soutien qui sont arrivés de toutes parts, du président de la République à l’US Air Force, de l’armée de terre à la marine nationale. Il a loué la « remarquable organisation espagnole » des secours et le soutien reçu par ses homologues étrangers.
Il a également précisé que cet accident ne remettait pas en cause les conditions de l’exercice mais qu’il était malheureusement le fruit du hasard : « Cet accident ne vient pas d’un problème de sécurité ou de l’organisation, il vient d’un problème de malchance totale d’un avion qui dévie de près de 40-45 degrés de sa trajectoire au décollage alors qu’il a une panne, ce qui est extrêmement rare, et qui vient taper contre une ligne d’avion alors qu’à quelques mètres près finalement ça aurait pu être très différent ». Mettant en avant la capacité de résilience des aviateurs, « c’est cette résilience que j’admire le plus », le général Mercier a déclaré : « Nous sommes des soldats et ça veut dire que notre vie de soldats continue ». Depuis le 26 janvier, plus de 20 missions ont été effectuées par des chasseurs français en Irak et au Sahel, certaines par des compagnons d’armes des militaires décédés. « Les personnels sont extrêmement choqués par la violence de l’accident, mais également extraordinairement courageux. »
Comme nous l’avions évoqué le 27 janvier, le BEAD-Air va contribuer à l’enquête technique et judiciaire autour de cet accident. L’équivalent espagnol a « très rapidement » proposé au BEAD-Air de participer aux enquêtes, des personnels sont déjà présents sur place, tout comme des membres de la section recherche de la gendarmerie de l’air et de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale). L’enquête, parce que multinationale, sera « un peu plus compliquée que d’habitude », mais la coopération entre l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la France a d’ores et déjà commencé. Les enregistreurs de vol ont été récupérés et vont être dépouillés par le bureau enquête et accidents de l’armée de l’air grecque. Il s’agira d’avancer « assez vite » pour connaître les raisons qui ont occasionné la panne au décollage du F-16.








