Derrière l’acronyme barbare CJPRSC se cache un exercice interalliés de haut niveau, qui s’est tenu cette année du 9 au 24 septembre sur la base aérienne de Pápa, en Hongrie. Ce « combined joint personnel recovery standardisation course » s’articule autour de l’amélioration de l’interopérabilité entre les nations participantes lors d’opérations de sauvetage aéroportées. L’occasion idéale de travailler sur les procédures de sauvetage dans un contexte international, mais surtout d’identifier les difficultés de telles missions, afin d’en tirer des enseignements et de faire évoluer les pratiques par la suite.
« L’accent est mis sur le travail inter-spécialités, sur le fait que les rouages sont interdépendants les uns des autres », explique-t-on au sein de la direction de l’exercice. Il s’agit ainsi d’amorcer une standardisation des procédures et des modes d’action, alors que les niveaux sont très différents d’un pays à l’autre. Si la France, par le biais de l’EH 1/67 « Pyrénées », fait figure de spécialiste reconnu en matière de PR (« personnel recovery »), d’autres nations, qui ne disposent pas d’unités spécialisées dans le domaine, sont de fait moins entraînées à la manœuvre. C’est d’ailleurs l’une des difficultés de ce cours unique, de devoir mettre tout le monde au même niveau.
Le capitaine B., pilote de Puma au sein du « Pyrénées », parle de « petits problèmes de coordination » qui peuvent survenir, notamment dans la phase de préparation, mais qui ne sont cependant pas insurmontables. Il suffit de « prendre plus de temps dans la planification », puisque « dans l’exécution, chacun sait faire ». Le projet de pouvoir proposer un cours standard et un cours avancé a déjà été évoqué, mais n’est pas encore possible à l’heure actuelle, en raison de moyens et d’effectifs insuffisants, selon le lieutenant-colonel Yves-Henri, officier projet sur cet exercice.
Mais la principale difficulté évoquée, à la fois par l’équipe de direction de l’exercice, mais également par les équipages et les commandos, reste la communication entre les différentes nations. L’ensemble de la préparation, de la planification et de la conduite de mission se fait en anglais, une langue qui doit donc être maîtrisée par tous les acteurs de la chaîne. « Même au sein du détachement français, la préparation de mission se fait en anglais, dès lors qu’ils se trouvent dans la salle de briefing », explique le LCL Yves-Henri. Tout doit être standardisé au maximum pour éviter tout malentendu, avec une « triple vérification pour être sûr que tout le monde a bien compris », afin de mener la mission à bien.
Si les équipages de Puma sont davantage rompus à l’exercice – l’anglais faisant partie intégrante de leur cursus – la tâche peut s’avérer plus difficile pour les commandos par exemple. L’adjudant Loïc, FAC (« forward air controller ») et chef de détachement sur place, parle d’un « barrage » de la langue, pour ceux qui ne sont pas assez à l’aise. « Quand vous devez briefer avec des pays tiers, devant tout le monde, il faut se faire comprendre », expose-t-il. Et malgré des stages, l’anglais n’est pas une « base » comme elle peut l’être chez les Allemands par exemple. L’évolution prévue est de faire de l’anglais un critère de sélection supplémentaire, notamment pour les chefs de groupe.
Malgré les difficultés évoquées et les quelques inévitables « bugs » rencontrés lors de l’exécution de la mission, les personnels français rencontrés en Hongrie se sont dit satisfaits de l’exercice. « Tout ne s’est pas passé comme prévu avec les commandos espagnols lorsqu’on a dû récupérer les personnels », confie par exemple Vincent, le « médic » du CPA 30, « mais on s’en est bien sortis quand même ».
Le chef de détachement du CPA 30 met de son côté l’accent sur le contexte international et la présence de l’ensemble des moyens dédiés à la PR, chaîne de commandement comme moyens aériens. « En franco-français, ce serait beaucoup plus compliqué de réunir tout le monde pour ce genre d’exercice, là c’est faisable d’avoir tout le package CSAR ».
L’adjudant Loïc souligne également l’apport des échanges entre les différentes nations, une manière de faire évoluer les procédures – et parfois même les tactiques. Mention spéciale aux Allemands, qui, en quelques années et avec l’appui d’une unité dédiée, ont fait « une belle progression » dans le domaine de la PR.








