Avec les terribles attentats perpétrés par Daesh au cœur de Paris, le terrorisme de masse frappe désormais le sol français, avec une ampleur qui n’était jusqu’ici connue dans notre pays que par le transport aérien.
L’Europe est évidemment déjà dans tous les débats et pas seulement par le fait que l’opération semble avoir été montée depuis la Belgique, avec la réapparition des contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen, le partage des données entre les différentes polices de l’UE (un grand nombre des terroristes n’étaient pas connus des services français) et toujours cette lenteur du Parlement Européen à mettre en œuvre le fameux PNR européen (Passenger Name Record), pourtant réclamé depuis 2007.
Le partage des données des passagers aériens entre les différents pays d’Europe est toujours freiné par l’aspect lié à la protection des données personnelles. La situation est d’ailleurs particulièrement cocasse quand on sait que l’Europe autorise le partage des PNR avec les États-Unis pour les vols transatlantiques depuis 2007. Il est évident que la fin de la libre circulation des personnes au sein de l’espace Schengen, même provisoire, ainsi que le partage des données personnelles des passagers, sont des atteintes aux libertés individuelles. Mais le prix n’est-il pas dérisoire compte tenu des bénéfices potentiels sur la sécurité des citoyens du continent ?
Plus largement, de par leur immobilisme, les pays de l’UE ont indirectement contribué au développement d’un véritable « monstre » situé à seulement cinq heures de vol des principales capitales européennes. Pourtant, au niveau européen, seul le Royaume-Uni participe avec la France aux frappes contre l’EI en Syrie. Certes, ces frappes sont jugées symboliques et sont réalisées avec une complexité logistique inouïe, comme en témoigne encore la vingtaine de bombes livrées par l’armée de l’air à Raqqah il y a quelques heures. Elles représentent aussi de très sérieux risques de représailles sur notre sol. Mais nos voisins européens peuvent-il croire un seul instant que ne pas participer directement à la destruction de l’EI aujourd’hui c’est s’affranchir de la menace à plus long terme ?
Reste que l’Europe n’est pas la seule à blâmer. Que dire par exemple des décisions malheureuses prises en France dans la cadre du rapprochement de la DST et des RG en 2008 ? Nos capacités de renseignement sur le sol français n’ont jamais semblé aussi submergées et les moyens alloués au nouveau Renseignement Territorial (RT), particulièrement spécialisé, paraissent déjà dérisoires au regard de l’importance de la nouvelle menace intérieure.
Les attentats de Paris éclairent enfin d’une lumière nouvelle la tragédie de l’Airbus A321 de la compagnie russe MetroJet au-dessus de l’Egypte, très probablement aussi victime de Daesh, même si, comme pour toute catastrophe aérienne, ce sont les enquêteurs qui devront en apporter les preuves. Nul doute cependant que la sûreté aéroportuaire va à nouveau faire l’objet d’examens approfondis, en Europe et en France, notamment au niveau des personnels pouvant être au contact direct avec les appareils.








