C’est une révolution que l’Union africaine veut mener dans le transport aérien du continent. A l’occasion du 30e sommet de l’organisation organisé ce week-end à Addis-Abeba, vingt-trois états africains* ont lancé le 28 janvier la phase initiale de la mise en place d’un ciel unique, le MUTAA (Marché unique du transport aérien en Afrique). L’objectif est de créer l’équivalent du ciel unique européen et de favoriser les échanges entre les pays du continent.
L’initiative, sur laquelle l’Union africain travaille depuis trente ans, a été saluée par l’IATA. « Le MUTAA a un potentiel de transformation formidable, qui va apporter de la prospérité en connectant le continent africain. Chaque accord de ciel ouvert a boosté le trafic, enrichi les économies et créé des emplois. Et nous n’attendons rien d’autre en Afrique », a commenté Raphael Kuuchi, le vice-président de l’IATA en charge de la région Afrique.
D’autant que l’industrie du transport aérien sur le continent part de loin et tout reste à faire pour la développer. Alors qu’elle abrite 15% de la population mondiale, l’Afrique ne représente que 3% du trafic, selon les données fournies par l’OACI. Son développement est souvent entravé par des infrastructures défaillantes, tant au niveau des aéroports que de la gestion du trafic, et des compagnies peu efficaces opérationnellement et commercialement, soutenues avec plus ou moins de sérieux par leur gouvernement. Au point qu’il est parfois plus simple pour la population de passer par l’Europe ou le Moyen-Orient pour des voyages intercontinentaux voire entre pays d’Afrique. Ceci a pour conséquence que 80% du trafic africain est réalisé par des compagnies non africaines.
L’IATA reste donc prudente malgré tout face à l’annonce de la création du MUTAA. « Nous saluons les vingt-trois états qui se sont engagés, c’est une avancée importante. Mais les bénéfices d’un continent connecté ne seront atteints que par une mise en oeuvre efficace du MUTAA – d’abord par les pays déjà impliqués mais aussi les trente-deux autres pays membres de l’Union africaine qui doivent encore s’engager », prévient Raphael Kuuchi. Et cette mise en oeuvre ne passera pas uniquement par la libéralisation mais devra également s’appuyer sur des investissements dans les infrastructures, la sûreté et la sécurité.
L’initiative d’un ciel unique a été lancée en 1988 avec la déclaration de Yamoussoukro puis entérinée en 1999 avec la décision de Yamoussoukro (qui avait été signée par 44 Etats). L’un des principaux obstacles qui se sont posés depuis est l’absence de texte réglementaire posant les bases de sa mise en oeuvre. Les principes, eux, étaient déjà définis : droits de trafic libres, suppression des restrictions concernant la propriété des compagnies aériennes, libéralisation des fréquences, des prix et des capacités.
Les bénéfices attendus sont immenses : améliorer la connectivité, stimuler la croissance économique et faire descendre les prix des billets, qui font du transport un bien de luxe aujourd’hui pour une part importante de la population.
Le transport aérien emploie tout de même huit millions de personnes en Afrique, indique Amani Abou-Zeid, commissaire de l’Union africaine en charge des infrastructures et de l’énergie. L’ouverture du ciel entre les vingt-trois pays participant à la phase initiale du MUTAA pourrait créer 300 000 emplois directs et deux millions d’emplois indirects supplémentaires.
* Les vingt-trois Etats impliqués sont le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le Cap Vert, le Congo, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, l’Ethiopie, le Gabon, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Liberia, le Mali, le Mozambique, le Niger, le Nigeria, le Rwanda, la Sierra Leone, l’Afrique du Sud, le Swaziland, le Togo et le Zimbabwe.








