Panasonic Avionics fait partie des géants de la connectivité en vol. Avec une flotte de 2 090 appareils connectés au sol par satellite et un carnet de commandes de près de 3 900 avions à équiper, la société américaine touche 2,7 millions de passagers par an. Avec son nouveau système de connectivité NEXT, la compagnie a rendu plus éclatante sa démarche d’innovation. Andrew Mohr, responsable de l’innovation et de la R&D de Panasonic Avionics, nous présente les sujets qui occupent ses équipes aujourd’hui.
Quel est le projet le plus important sur lequel vous travaillez actuellement ?
Il s’agit de notre plateforme nouvelle génération, NEXT. Nous avons constaté que les compagnies attendaient de nouveaux modèles de divertissement en vol, avec de plus en plus de choses différentes qui vont au-delà des fonctionnalités traditionnelles du système. C’est un petit peu comme avec nos smartphones : nous les utilisons beaucoup moins pour téléphoner que pour faire d’autres choses, comme des achats, se divertir, surveiller sa santé… Les modèles pour ces deux technologies sont similaires.
Historiquement, les compagnies ont acheté un système de divertissement et ajouté quelques applications périphériques (shopping duty free, commande de boisson ou de nourriture). Nous savons faire cela et nous le faisons depuis plusieurs années mais la technologie était limitée. Certaines compagnies n’aiment pas ce système et veulent l’inverse : un système de shopping avec un petit peu de divertissement. La perspective est très différente. C’est le cas de Norwegian : leur système est d’abord un « restaurant dans le ciel » et nous sommes là pour soutenir ce restaurant et apporter du divertissement.
Nous prévoyons que ce type d’activité va devenir de plus en plus fréquent donc nous changeons notre approche : au lieu d’avoir un système de divertissement restreint, nous construisons une plateforme e-commerce complète. Cela fera la même chose mais d’une façon beaucoup plus perfectionnée, qui donnera vraiment davantage d’opportunités de générer des recettes. Promotions, vente, services à bord, upgrade du siège, nous pouvons mettre tout cela dans le système. Nous pensons que l’évolution des systèmes traditionnels va vers cette solution beaucoup plus versatile que les compagnies peuvent utiliser dans différentes finalités.
Pour faire cela nous devons construire une énorme infrastructure, le Cloud. Elle est gérée par une toute nouvelle organisation, avec un bureau en Californie dans la Silicon Valley qui ne s’occupe que de cela. Parce qu’il doit supporter une plateforme qui permet aux compagnies de tout faire : de la gestion d’inventaire au stockage, en passant par le moteur de recommandations qui permet au magasin de s’adapter en direct au type de passager et au type de vol.
Next vient de s’enrichir de Wellness récemment. Pouvez-vous nous en parler ?
Effectivement, nous travaillons sur deux grands sujets visibles pour les compagnies et qui leur permet de développer leur offre : l’approche e-commerce de Marketplace et Wellness. Wellness compte – pour le moment – trois solutions hardware. L’une d’elles est nanoe. Elle a été développée au Japon par la R&D du groupe Panasonic. Elle crée de toutes petites gouttes d’eau ionisée, 15 000 fois plus fines qu’un cheveu, qui nettoie l’atmosphère autour du passager en absorbant les odeurs, les allergènes et les pathogènes – parce qu’on peut être importuné par l’odeur d’un plat par exemple. C’est une technologie éprouvée dans l’automobile (Lexus, Land Rover et Jaguar l’utilisent).
Wellness intègre également un système d’éclairage innovant au niveau du siège, Premium Lighting, que l’on peut lier au système de divertissement en vol et permet de moduler la luminosité automatiquement. Par exemple, si l’on sait qu’un vol aura telle durée et traversera tant de fuseaux horaires et si l’on connaît le profil de santé du passager (en utilisant son téléphone qu’il aura apparié à son siège), on pourra comparer ce profil à un scénario d’éclairage qui l’aidera à combattre le jet-lag et à mieux respecter son cycle circadien. Nous travaillons avec des partenaires, dont Detalytics qui a développé une application santé et travaillé sur la fatigue des pilotes. Nous utilisons leur technologie pour donner des recommandations santé aux passagers sur la base de leur profil santé et de celui du vol, par exemple en envoyant des notifications pour suggérer de boire de l’eau ou de se lever.
Enfin, l’Active Noise Control permet de réduire l’ambiance sonore de jusqu’à quinze décibels lorsque le passager s’adosse au siège, grâce à des sortes d’enceintes et de micros -comme un casque audio mais sans casque. Nous travaillons avec des sociétés comme Mimi Hearing Technologies qui peut créer un profil de votre audition en faisant un test ou en donnant votre âge et votre sexe. En reliant votre application sur téléphone au siège, cela transfère votre profil au système embarqué et le système audio s’adapte, le volume sera réglé spécialement pour vous.
Nous n’avons aucune prétention médicale, il s’agit simplement de rendre l’IFE meilleur pour le passager, ce qui peut être particulièrement intéressant sur des vols longs, comme ceux que Singapore Airlines vient de relancer vers les Etats-Unis. Les retours que nous avons eus étaient très encourageants. Et ce n’est que le début de Wellness. Nous devrions avoir d’autres innovations à présenter cet automne, à Aircraft Interiors. Et nous espérons également pouvoir révéler l’identité de nos clients à cette occasion.
Travaillez-vous avec des start-ups aussi ?
Oui et c’est certainement l’essence de l’innovation. Nous sommes connectés à l’accélérateur Plug and Play aux Etats-Unis et à Starburst Accelerator. Mais nous sélectionnons également nous-mêmes certaines technologies très intéressantes qui sont développées dans notre division R&D à Osaka, comme nanoe, et nous utilisons ces prototypes pour nourrir notre système. Nous avons une mentalité de start-up, en interne comme en externe.
Nous sommes une grande entreprise et parfois, les grandes compagnies deviennent lentes. Mais nous avons aussi une société en Suède, Tactel, que nous avons laissée indépendante pour qu’elle reste agile. Et nous gardons les yeux grands ouverts.
Comment sélectionnez-vous les innovations qui vous paraissent prometteuses ?
Quand nous étudions une innovation, nous nous posons trois questions. La technologie est-elle prête et fiable. Est-elle viable commercialement ? Est-ce que c’est attractif ? Ce n’est pas suffisant qu’une technologie soit super cool. Et nous avons un principe : la plupart des choses que les passagers font dans un avion doivent être des choses qu’ils savent déjà faire. S’ils ont besoin d’instructions pour utiliser une technologie, cela ne marchera probablement pas.
Le Li-Fi ou l’oculométrie (eye-tracking) sont intéressants mais pas tout à fait prêts, surtout dans le cas du Li-Fi. Le contrôle gestuel est plus mature mais il est difficile d’imaginer tout le monde qui gesticule dans son siège.
En revanche la biométrie est plus intéressante. Dans tous nos sièges, il y a des caméras qui peuvent être utilisées, si le passager et la compagnie le veulent, pour faire de la reconnaissance faciale. Les nouveaux iPhone utilisent cette technologie, Emirates a installé un tunnel à reconnaissance biométrique à Dubaï… Les gens seront à l’aise avec tout cela dans quelques années. Avoir une expérience personnalisée est probablement la plus grande tendance du monde en ce moment. Et c’est ce qu’on voit avec Singapore Airlines qui a lancé myKrisWorld. Mais la personnalisation, c’est très difficile à faire. Ce que nous faisons avec SIA est très innovant et cela a été difficile pour nos équipes parce qu’il y a beaucoup de données, il faut les sécuriser, il faut avoir la bonne approche pour que le passager n’ait pas l’impression que l’on viole son intimité…
Vous avez lancé les « Innovation Studios » récemment, de quoi s’agit-il ?
La stratégie numérique et le consulting sont basés en Suède mais nous avons régulièrement des ateliers collaboratifs avec les compagnies aériennes. Ceux-ci ont souvent lieu dans leurs installations mais l’environnement n’était pas toujours idéal. Les « Studios » sont d’abord un lieu de réunion optimisé pour ces ateliers. Nous y avons beaucoup d’outils qui nous permettent de tester, d’évaluer certaines innovations que nous étudions. Nous faisons de la génération d’idées, nous explorons les concepts des compagnies et nous pouvons utiliser la technologie, plutôt que d’avoir à la transporter dans le monde entier. Le premier « Studio » sera implanté en Californie, dans la Silicon Valley. Etant donné notre partenariat avec Singapore Airlines, le deuxième sera certainement basé à Singapour. Nous en prévoyons cinq donc il y en aura aussi un en Europe, un au Moyen-Orient et probablement un dernier au Japon ou en Chine.








