Primera Air était une compagnie plutôt discrète, jusqu’à ce qu’elle passe des commandes pour introduire des Airbus A321neo, A321LR et Boeing 737 MAX 9 à sa flotte et lancer des vols low-cost long-courrier sur le secteur transatlantique. Elle a encore davantage gagné en notoriété depuis que son projet est devenu réalité. Elle relie en effet Paris à New York depuis mi-mai, ainsi qu’à Boston et Toronto depuis fin juin. Anastasija Visnakova, sa directrice commerciale, nous présente cette nouvelle activité.
Primera Air était une compagnie relativement méconnue jusqu’à récemment mais elle a déjà un certain passé. Pouvez-vous retracer rapidement son histoire ?
Effectivement, nous ne sommes pas une start-up : nous sommes une compagnie qui a quatorze ans d’existence. Nous avons fait nos débuts en tant que compagnie charter. Depuis que nous faisons partie du groupe Primera (2008), nous avons eu pour mission de réaliser des vols charters pour les tour-opérateurs du groupe. Mais en 2014, nous avons complètement converti nos opérations pour faire des vols réguliers et nous sommes devenus une compagnie low-cost régulière, avec un focus sur la Scandinavie et les destinations vacances (Malaga, Barcelone, Alicante…).
En 2017, nous avons de nouveau connu un énorme changement avec l’annonce du lancement de vols transatlantiques du Royaume-Uni et de France vers New York, Boston et Toronto, en même temps que l’intégration d’une nouvelle flotte d’A321neo.
Il y a donc eu beaucoup de changements dans une période assez courte de la vie de la compagnie, nous sommes passés d’une petite compagnie tout-charter à une compagnie low-cost moyen- et long-courrier de taille intermédiaire.
Le low-cost long-courrier est à la mode mais pour quelles raisons vous êtes-vous lancés sur ce secteur ?
Il était important que nous nous positionnions sur un marché qui offrait beaucoup d’opportunités. Le marché intra-européen a une demande importante mais il est très saturé, avec beaucoup de concurrence. Et nous avons vu cette opportunité grandir grâce aux nouveaux monocouloirs. Alors qu’ils étaient traditionnellement réservés au marché court-courrier, ils peuvent maintenant traverser l’océan à moindre coût grâce à leurs nouvelles technologies, les réservoirs auxiliaires de carburant et les nouveaux moteurs. Nous sommes très contents de nous être lancés au moment où nous l’avons fait parce que nous pensons que beaucoup de compagnies prendront la même direction.
Et on ne voit pas les passagers douter du confort de ces avions car les vols sont relativement courts. Par exemple, si vous allez aux Canaries depuis la Scandinavie, vous allez passer 5 heures dans l’avion et vous ne vous poserez pas de question sur le modèle. En ajoutant deux heures, vous êtes aux Etats-Unis. Et notre produit est adapté, nous n’avons pas réduit au minimum l’espace entre les fauteuils, comme on peut s’y attendre pour une compagnie low-cost, les sièges sont confortables et l’avion est calme.
Il y a déjà de la concurrence sur vos lignes, entre Norwegian, LEVEL et Wow Air. Comment vous différenciez-vous ?
La concurrence est certes importante mais nous n’avons pas le même produit. De CDG, nous avons deux concurrents, Wow Air et Norwegian. Norwegian n’est pas en monocouloir mais en gros-porteur donc ils ont plus de mal à remplir leurs appareils. Nous n’avons que 198 places dans nos A321neo donc le remplissage est plus rapide. Wow Air offre un produit relativement similaire mais la différence est qu’ils ne proposent pas de vol direct. Or les gens sont certes très attentifs au prix mais ils accordent beaucoup d’importance au temps et préfèrent ne pas en perdre dans une correspondance. Nous, nous offrons des vols directs de Paris vers New York, Boston et Toronto. Et beaucoup d’autres lignes sont en préparation bien sûr.
Envisagez-vous déjà d’autres lignes ?
Oui, nous regardons toutes les opportunités qui s’offrent et nous espérons pouvoir annoncer de nouvelles routes depuis Paris dans les prochains mois. Nous voulons augmenter nos fréquences mais nous regardons aussi dans toutes les directions pour enrichir notre réseau. Et lorsque nous recevrons de nouveaux avions en 2019, nous ouvrirons également d’autres bases en Europe.
Il faut du temps pour lancer la machine mais nous sommes très contents du niveau des réservations et de remplissage des avions. Le marché français s’annonce comme un vrai succès, l’un de nos meilleurs pour le moment.
Vous avez été obligés d’annuler les vols transatlantiques depuis Birmingham en raison des retards de livraison d’Airbus. Comment évaluez-vous l’impact de ces retards ?
Nous avions construit notre plan de développement selon un calendrier précis donc, bien sûr, les retards ont eu un impact. Il y a eu Birmingham et nous avons été obligés de prendre des appareils en location pour honorer les réservations en attendant que les livraisons soient rattrapées. Nous avons réussi à l’anticiper donc nous étions plus ou moins prêts mais cela n’a pas été bon pour nous. Mais nous aurons nos Airbus très bientôt et nous pourrons exploiter une flotte tout-A321neo sur le long-courrier.
Pouvez-vous faire un point sur la flotte et expliquer le choix, peu conforme au modèle low-cost, d’exploiter deux types d’avions ?
Aujourd’hui nous avons neuf 737-800 et six A321neo qui en train d’être introduits. En 2019, nous allons recevoir dix 737 MAX 9 et deux A321LR – que nous envisageons de placer à CDG pour voler un peu plus loin que New York et Boston. D’ici 2020, notre flotte atteindra quarante appareils, répartis entre Airbus et Boeing.
Il est vrai que ce profil de flotte ne correspond pas à la stratégie low-cost. Cette décision est venue du fait que Boeing n’était pas en capacité de nous livrer les MAX 9 cette année mais Airbus oui. Nous avons décidé de nous tourner vers Airbus parce qu’il était très important pour nous d’arriver sur le marché au bon moment, avec notre nouvelle offre. A terme, nous devrions évoluer vers une flotte avec un seul type d’avions.
Primera Air est-elle touchée par la pénurie naissante de pilotes ?
Nous avons organisé nos recrutements et nos formations à temps donc nous n’avons pas eu de problème pour le moment. Mais c’est une pénurie au niveau mondial et, vu la vitesse à laquelle l’activité se développe, il se pourrait que cela nous touche plus tard. Par ailleurs, cela dépend beaucoup du type d’avion, il y a un peu plus de problèmes avec les pilotes de Boeing.










