Bold Quest 2015, un exercice d’identification et d’appui aérien interallié et interarmées. Alors qu’un A-10 et un AC-130 se partagent le ciel et préparent une attaque combinée à l’aide de leurs canons, un JTAC français participe à la manoeuvre… depuis un simulateur au Centre de formation à l’appui aérien (CFAA) de la BA 133 de Nancy-Ochey, tout comme l’équipage du Warthog, tandis que celui du gunship opère depuis la base de Hurlburt, en Floride. Cette manoeuvre a été rendue possible par la connexion des simulateurs entre eux, afin d’offrir un entraînement « plus vrai que nature » à des personnels éloignés de plusieurs milliers de kilomètres.
L’objectif de cette simulation distribuée était « de montrer qu’entre deux sites délocalisés et des personnes qui ne se connaissent pas, les protocoles et les procédures standardisés permettent de travailler de manière très facile une fois que les deux simulateurs sont connectés », comme nous l’explique le lieutenant-colonel Rodolphe, commandant du CFAA. Ainsi, le « FAC (contrôleur aérien avancé, NDLR) à Nancy parle à un avion piloté depuis Nancy, mais également à l’AC-130U piloté depuis Hurlburt. L’action est effectuée quasiment en instantané et vue par l’ensemble des intervenants ». Le débriefing de la mission se fait ensuite soit directement depuis le simulateur, soit par téléphone.
Le projet de simulation immersive aéroterrestre a germé dans l’esprit du prédécesseur du colonel Rodolphe et a pris un coup d’accélérateur au début de l’année 2015. Principale raison évoquée pour développer la simulation, la fréquence et l’amplitude des engagements actuels en OPEX, qui ne permettent pas toujours un entraînement satisfaisant des forces armées en raison de la disponibilité des matériels. A cet égard, la simulation peut venir combler un manque, en offrant des possibilités aussi diverses que variées d’entraînement au combat face ou avec des avions qui ne se trouvent pas souvent – voire-même jamais – en exercice avec des appareils français. « Nous pouvons simuler tout type d’avion, du Mirage 2000D à l’A-10, en passant par le B-1, les hélicoptères ou encore les drones », précise le commandant du CFAA. La simulation en « immersion totale », à 360°, permet d’augmenter le réalisme des missions déroulées lors de la formation ou de l’entraînement des personnels.
Concrètement, le travail s’est accéléré dès le début du mois de septembre, avec l’arrivée de deux militaires américains, qui ont entre autres travaillé à établir une communication satellite entre les simulateurs. La semaine suivante, ce sont deux employés d’Airbus Defence & Space qui sont entrés dans la boucle, afin de travailler sur les connexions de serveurs et la mise en configuration des SIMFAC (SIMulator for Forward Air Controllers), livrés par l’avionneur européen en 2013. Ces procédures ont notamment permis de mettre en lumière des difficultés de connexion et de cryptographie, qui ont par la suite heureusement pu être réglées.
Le 21 septembre marque une première « belle victoire », puisque la connexion entre les simulateurs a fonctionné comme prévu – mis à part quelques problèmes de communication audio. Le 22, la connexion stable a permis d’ajouter la réception à Nancy du ROVER embarqué sur l’AC-130, ainsi que la perception par l’équipe de Hurlburt de la « tâche laser » par le Laser Spot Tracker de l’AC-130. Point d’orgue de cette expérimentation, trois missions en une soirée, la semaine dernière, en présence d’un officier d’état-major, d’officiers de liaison britanniques et de membres du CEAM. Une démonstration qui a fonctionné de bout en bout, avec des spectateurs impressionnés par le réalisme de la mission et parfois même sur le point d’avoir la nausée.
Le bilan de cette première expérience est concluant, le commandant du CFAA en liste les points positifs suivants : fluidité de l’exercice, capacité à conduire des simulations avec des personnels de l’autre côté de l’Atlantique, vitesse à laquelle les deux sites ont réussi à mettre en oeuvre cette manoeuvre complexe, plus-value de l’entraînement avec un gunship – « c’est très rare de pouvoir le faire avant de se rencontrer sur le terrain ».
Quelques projets sont en cours d’étude pour transformer l’essai, car il s’agit de pouvoir créer des exercices « avec une vraie valeur ajoutée ». Des simulations conjointes sont envisagées notamment avec l’ALAT, ainsi qu’avec d’autres futurs simulateurs, qui seront dispersés aux quatre coins de la France (voir encadré). « Le but, c’est de rendre ce genre d’entraînements un non-évènement, il faut que ça devienne un classique, c’est là qu’on aura gagné », expose le chef du CFAA, qui souligne que l’ensemble doit rester « très simple ». L’autre objectif, c’est d’inclure l’industriel (Airbus Defence & Space) dans la boucle dès le départ pour la formation technique et l’établissement de protocoles, afin de rendre les opérateurs de ces simulations partagées autonomes par la suite.
Prochaine étape, renouveler l’expérience avec le simulateur d’une autre unité, d’ici un an. « Tout dépendra du temps que l’on veut et peut consacrer à ça, mais s’il y a synergie des besoins, ce sera encore plus porteur. Dans tous les cas, on essayera de faire encore mieux », conclut le colonel Rodolphe.
Les SIMFAC en France Le CFAA possède actuellement deux exemplaires du SIMFAC, il devrait en recevoir un troisième dès le début de l’année 2016. Un « maillage de SIMFAC » est en train de voir le jour, avec l’installation d’un exemplaire sur les bases aériennes de Mont-de-Marsan et d’Orléans, mais aussi sur la base aéronavale de Lann-Bihoué, près de Lorient. L’armée de terre est également concernée, puisque la base de Draguignan accueille également un SIMFAC, qui devrait être opérationnel dès la fin de l’année. Tous vont par la suite recevoir une « délégation d’accréditation » après une visite du CFAA, qui est lui-même accrédité OTAN. L’objectif est d’étendre les capacités de simulation et de pouvoir proposer aux FAC français, mais aussi étrangers, de réaliser des missions et des contrôles sur ces simulateurs, afin de satisfaire aux exigences de maintien de leurs qualifications. A plus long terme, il sera également envisageable de connecter les SIMFAC entre eux, pour réaliser des missions plus complexes, telles que celle réalisée la semaine dernière par le SIMFAC de Nancy en collaboration avec la base américaine de Hurlburt. |








