Trois mètres de long, trois mètres d’envergure, une forme d’aile en V, des winglets, le Condor est un oiseau d’une drôle de race. Imaginé et conçu par la PME française Demonfort Airborne Engineering, ce drone aéroporté et aérolargué est destiné à « améliorer le rayon d’action des forces spéciales dans le domaine de l’infiltration d’espace aérien », selon le fondateur Thierry Demonfort, ancien nageur de combat et parachutiste d’essai, qui a exposé son innovation lors du séminaire destiné aux forces spéciales SOFINS 2015, qui s’est tenu à la mi-avril.
De quoi s’agit-il exactement ? D’un appareil capable d’emporter un parachutiste équipé et armé et de l’amener beaucoup plus en avant sur le terrain que ne le permettrait le parachutage à haute altitude depuis un avion. « Aujourd’hui, pour une infiltration sous voile classique, la performance est somme toute réduite », avec un rayon d’action de 25 kilomètres maximum par vent nul, expose le parachutiste chevronné, avant de poursuivre sur la plus-value que représente son système : « Avec ce concept, on améliore significativement la portée du largage, qui passe à une centaine de kilomètres », soit 100 kilomètres aller et 80 kilomètres retour.
L’appareil est largué depuis l’avion de transport, avec un parachutiste à son bord, qui va parcourir la distance programmée, avant de quitter l’appareil et de déployer son parachute dans la zone à infiltrer. Pendant ce temps, le drone, dont la mission a été préprogrammée, fait demi-tour afin de retourner à son point de récupération et de se repositionner sous voile, « en zone amie ».
Techniquement parlant, la barre est haute, car si l’appareil peut emporter 200kg de charge utile, le parachutiste qui l’occupe doit lui être équipé en fonction des contraintes de mission et de largage (et notamment de l’altitude). Gaine de charge, oxygénation, parachute de charge, armement, tout doit être étudié dans les moindres détails. De même, l’emport de ces appareils dans un avion de transport limite ses dimensions, même s’il serait théoriquement possible d’en mettre « trois voire quatre » dans un C-130 Hercules. Un système de vitre à l’avant devrait permettre au parachutiste de voir tout en étant allongé, tandis qu’il pourra disposer d’une certaine autonomie sur les commandes – de l’ordre de 15% – notamment pour effectuer un évitement si besoin, le but n’étant pas de former des pilotes. Enfin, de savants calculs vont devoir être effectués afin de solutionner les problématiques de stabilisation de l’appareil après largage.
DAE travaille sur ce projet depuis cinq ans, le projet est soutenu par l’État français. La maquette devrait entrer en soufflerie « dans les prochains mois », en vertu d’une collaboration avec l’ONERA. La discrète PME est maître d’œuvre sur ce projet, « une première mondiale » et travaille avec quelques sous-traitants, tout en gardant la main sur la partie essais en vol. Celle-ci devrait débuter à partir de l’horizon 2016-2017, d’abord avec des maquettes, avant de passer à des prototypes lestés de charges inertes, avant la dernière partie, qui verra des parachutistes tester l’appareil en conditions réelles.
Quand à la cible de cette innovation, c’est clairement l’export, des « pays sensibles », dans lesquels ce genre d’appareil pourrait être « très utile ».








