Le nombre est parlant : l’activité de la flotte de chasse en OPEX devrait atteindre les 12 000 heures en 2015, contre… 6 500 heures en 2014. Le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Denis Mercier, auditionné par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale le 15 avril dernier, parle d’une « suractivité » à laquelle son armée doit faire face actuellement, au vu des nombreux engagements, tant sur le territoire extérieur (Irak, BSS), que sur le territoire national (opération Sentinelle).
« Compte tenu de la multiplicité des théâtres sur lesquels nos aviateurs interviennent, nous dépassons aujourd’hui le cadre des contrats opérationnels fixés par le Livre blanc […]. Pour le neuvième mois consécutif, nous serons au-delà des volumes prévus dans la situation opérationnelle de référence », expose le général Mercier. « Rarement l’armée de l’air s’est déployée sur autant de sites et a coordonné son action sur ds espaces aussi vastes ». Ce qui n’est pas sans causer quelques difficultés, en raison de la « surconsommation du potentiel technique et humain ».
Concernant la « suractivité » évoquée, le doublement des heures de vol de la flotte de chasse, le CEMAA pointe l’impact financier induit et demande à ce que 4 000 des 12 000 heures qui devraient être effectuées en 2015 soient « couvertes par le décret d’avance relatif aux OPEX ». Par ailleurs, pour tenir sur la durée, un plan est actuellement à l’étude et pourrait impliquer le déploiement de Mirage 2000C et 2000N en OPEX pour « alléger la charge » des 2000D actuellement engagés depuis la Jordanie et le Niger. Le CEMAA indique que ce projet ferait voler des patrouilles mixtes de Mirage 2000D et Mirage 2000C ou 2000N.
L’autre difficulté technique, c’est la « surintensité », qui occasionne une « usure prématurée » des équipements, ainsi qu’une « surconsommation de munitions ». « Même si ce n’est pas le seul indicateur de notre activité opérationnelle, le nombre de munitions tirées par les appareils de l’armée de l’air dans la bande saharo-sahélienne et en Irak est révélateur de l’intensité des missions. » Le général Mercier précise de plus que le sable présent dans la BSS provoque une usure prématurée des hélicoptères – un problème déjà connu – mais aussi des moteurs des C-130 Hercules déployés pour les missions d’aérotransport.
Ce regain d’activités aériennes perturbe également la formation des aviateurs, et notamment sur les matériels anciens type C-160 Transall et C135FR. Le CEMAA évoque un problème de « vases communicants », qui empêche de remplir les contrats opérationnels tout en assurant la formation des jeunes équipages, l’activité étant quasiment entièrement transférée sur les OPEX. A ce titre, le général Mercier pose sa priorité actuelle : la « régénération », avec la préparation des équipages. Car le constat est flagrant : les jeunes pilotes de transport n’effectuent plus que 150 heures de vol par an, contre 400, un chiffre qui descend même à 120 pour les C135.
Enfin, les conséquences en termes de facteur humain ne sont pas anodines non plus. Le CEMAA cite à titre d’exemples le GAAO (Groupement aérien d’appui aux opérations), qui a notamment été chargé des installations sur la base jordanienne, construisant six abris avions, un hangar de maintenance, un dépôt de munition. Certains de ses membres étaient arrivés « directement de Bamako, sans repasser par chez eux » ; mais aussi le GTSIC (Groupement tactique des systèmes d’information et de communication), qui passent pour certains « entre 200 et 250 jours par an hors de leur foyer » ; ou encore l’exemple des escadrons de Mirage 2000D, dont 30% du personnel est projeté en permanence. Le CEMAA résume la situation ainsi : « Pour une grande partie de nos spécialités, la norme est devenue deux à trois détachements par an, soit plus de six mois sur douze en OPEX ».








