Le dernier salon MRO Middle East organisé à Dubaï début février nous a permis de rencontrer Alain Berger, le Directeur du Support et des Services de Safran Nacelles. L’occasion de faire un point sur Aerostructures Middle East Services (AMES), la coentreprise détenue à 50-50 par Safran Nacelles et Air France Industries KLM Engineering & Maintenance (AFI KLM E&M) qui a ouvert ses portes le 1er mars 2010 à Jebel Ali, près de Dubaï. Entretien…
Les 15 ans d’AMES ça se fête !
Oui, nous sommes très heureux de célébrer les 15 ans d’AMES, co-entreprise que nous partageons avec notre partenaire Air France Industries. Cette collaboration a connu un beau développement au cours de ces quinze dernières années et entre maintenant dans une nouvelle phase d’expansion, grâce aux apports complémentaires des deux partenaires.
Air France Industries apporte notamment beaucoup à AMES avec l’activité autour du moteur GE90, sur les Fan Stator Modules. En 2020 nous avons réalisé une extension importante afin de soutenir l’activité de maintenance des carters de soufflante des GE90 qui va se poursuivre encore de nombreuses années. Le B777 est un avion fortement utilisé par les grands opérateurs de la région et les avions sont amenés à voler beaucoup plus longtemps.
Pour ce qui concerne Safran, AMES a également une activité en pleine croissance dans le domaine des nacelles. En 2024, nous avons renforcé nos capacités de réparations et de moyens pour la nacelle de l’A320neo motorisé avec le LEAP-1A. AMES fait partie de notre réseau d’ateliers de réparation licenciés qui regroupe trois partenaires : Air France Industries, ST Engineering et Lufthansa Technik. AMES est donc un atelier dans lequel nous avons développé des compétences spécifiques pour soutenir les deux maisons-mères, leur permettant d’offrir des services autour de la nacelle de l’A320neo. Les derniers outillages acquis permettent notamment à AMES d’effectuer toutes les réparations, y compris des travaux très complexes.
Que représentent aujourd’hui des capacités mises en place par AMES sur les nacelles face à la demande ?
Nous n’en sommes qu’au début. Nous avons mis en place les moyens nécessaires pour accompagner la croissance de la flotte qui s’annonce importante dans les prochaines années. La plupart des compagnies aériennes de la région se sont déjà équipées d’A320neo motorisés avec le LEAP-1A et vont continuer à recevoir des avions en grand nombre à l’avenir. À proximité de Dubaï, par exemple, Air Arabia a passé une importante commande. Il y a aussi Etihad à Abou Dhabi. Et puis il y a l’Arabie Saoudite avec les compagnies Saudia, Flyadeal et Flynas qui ont passé des commandes massives . Toutes les compagnies aériennes majeures de la région s’équipent de cet avion avec ce moteur et donc de notre nacelle.
Cela représente un enjeu majeur pour Safran Nacelles d’apporter un support de proximité avec ce shop MRO et d’accompagner sa montée en puissance afin de répondre à la demande qui va croître dans les années à venir. Nous avons d’ailleurs un projet d’extension en cours avec une augmentation d’environ 20% de la surface actuelle, et qui sera opérationnelle cette année. De plus, nous avons engagé un plan massif de recrutements l’année dernière, que nous poursuivons cette année, avec un objectif d’augmentation de 40 % des effectifs pour accompagner cette croissance, portée à la fois par les activités d’Air France Industries et de Safran Nacelles.
Mais pour Safran Nacelles, le Moyen-Orient c’est aussi la région de l’A380 qui est équipé de nos nacelles pour les deux motorisations GP7200 et TRENT900, un avion qui continue de voler. Nous entendons même dire qu’il sera encore en service après 2040. Les compagnies aériennes demandent aux OEM de pouvoir accompagner cette extension de durée de vie et il est donc important d’avoir cet atelier ici pour accompagner l’ensemble des compagnies aériennes de la région. Nous observons une reprise d’activité significative autour de l’A380, que ce soit en termes de support aux compagnies aériennes, de livraison de pièces, mais également d’activités de réparation.
L’activité sur les nacelles d’A330ceo se poursuit-elle ?
Oui, c’est une activité qui se poursuit car nous avons plusieurs opérateurs majeurs d’A330 équipés du moteur Trent 700 dans la région. AMES dispose des moyens industriels pour faire toutes les réparations de l’inverseur de poussée, notamment les réparations les plus complexes qui consistent à remplacer l’IFS (Inner Fixed Structure). Mais Safran Nacelles est aussi présent sur l’A330neo avec la nacelle complète du Trent 7000. Airbus a connu de beaux succès en 2024 sur cet appareil, dans différentes régions du monde, en particulier en Asie, mais également ici, au Moyen-Orient avec Flynas. Nous suivons de près cette activité, car c’est un programme qui pourrait prendre de l’ampleur à l’avenir dans la région.
Quelle est aujourd’hui la part des contrats NacelleLife sur l’ensemble du soutien des nacelles au Moyen-Orient
NacelleLife™ est l’offre de services après-vente de Safran Nacelles, conçue pour fournir un support complet tout au long du cycle de vie des nacelles d’avion. Elle englobe diverses activités, notamment la maintenance, la réparation, la révision, la gestion des pièces de rechange et l’assistance technique. Les contrats NacelleLife représentent une part importante de notre activité dans la région. Au cours des dernières années, nous avons établi de nombreux contrats au Moyen-Orient ou au proche Moyen-Orient comme en Égypte.
Constatez-vous à nouveau une pression sur les prix de la part des compagnies aériennes ?
Il y a certes toujours un focus sur les prix mais plus globalement sur les coûts en opération notamment avec un traffic aérien qui est très soutenu dans cette région en fort développement. Aujourd’hui, ce que veulent surtout les compagnies aériennes c’est faire voler leurs avions. La priorité c’est d’avoir le bon support, d’avoir les pièces et les réparations afin de pouvoir répondre à la forte demande. Dans le contexte actuel complexe de la supply-chain, cela amène des contraintes et des difficultés pour les fournisseurs pour fournir les pièces ou même faire des réparations. Ce sont plutôt ces sujets-là qui occupent les opérateurs aujourd’hui, alors que leur santé financière s’améliore.
Propos recueillis par Romain Guillot à Dubaï (EAU)










