Créée en 2005 pour répondre aux besoins des industriels de féminiser leurs équipes techniques, l’association « Elles bougent » rassemble à ce jour plus de 30 entreprises membres issues de tous les secteurs industriels, dont ceux du transport, de l’énergie, du numérique, du bâtiment… Sensibiliser les jeunes filles aux métiers techniques et scientifiques de l’industrie en amont de l’orientation, tel est l’objet de cette association.
« Les jeunes filles ne s’orientent pas assez vers les métiers techniques industriels par manque de connaissance et à cause de stéréotypes », se désole d’emblée Marie-Sophie Pawlak, présidente et fondatrice de l’association « Elles bougent ». D’après les chiffres de la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs (CDEFI), parmi les 750 000 ingénieurs en France, seulement 17% sont des femmes.
Pour briser les tabous en démontrant qu’il n’existe pas de codes réservés aux femmes ingénieures, « Elles bougent » mise sur « la force des témoignages » de ses différentes marraines, qui rencontrent chaque année entre 3 000 et 5 000 jeunes filles lors d’événements organisés dans toute la France. À chaque rencontre, les marraines racontent leur parcours en vue de déclencher des vocations et elles montrent par la même occasion aux jeunes lycéennes et collégiennes qu’une femme peut gérer sa vie privée, être féminine et moderne tout en étant ingénieure.
Ces témoignages portent leurs fruits, puisqu’« en 2012, 75 % des jeunes filles qui ont suivi Elles bougent ont dit que les témoignages des marraines les avaient aidées dans leur orientation, ou confortées dans leur choix. Sur ces 75 %, 25 % ont dit que cela avait déclenché une vocation chez elles », poursuit Marie-Sophie Pawlak.
Selon la présidente d’« Elles bougent », il existe un grand problème d’orientation en France. « Je pense que les prescripteurs d’orientation (collèges, lycées, parents, professeurs…) ont tendance à faire des orientations sexuées. Les métiers industriels sont par exemple plus préconisés aux garçons. Il faut donner plus d’ambitions aux filles », explique-t-elle. Convaincue que de petits stages en entreprise dès le collège pourraient permettre aux jeunes filles de se faire une idée des métiers d’ingénieurs dans l’industrie, l’association va mettre en place dès 2013 une opération baptisée : « 1 000 stages dans l’industrie pour 1 000 collégiennes ».
« Les métiers d’ingénieur ne sont pas en perte de vitesse, au contraire ils offrent de belles carrières. De plus, les femmes ont 4 fois plus de chance d’être embauchées à compétences égales », martèle Marie-Sophie Pawlak.
Actions mises en place
Depuis deux ans, « Elles bougent » est présente en région à travers des délégations, notamment en Poitou-Charentes, en Normandie, en Lorraine, en Midi-Pyrénées, ou encore en Champagne-Ardenne. Toutefois, « les événements sont ouverts aux étudiantes et lycéennes de tout le territoire depuis le démarrage de l’association », précise la présidente.
Près de 50 événements par an sont organisés dans l’Hexagone, dont une moitié en Île-de-France. Le dernier en date, le Forum Réseaux et Carrières au féminin, qui s’est tenu le 21 février 2013. Lors de cet événement, Jean-Luc Bérard, DRH de Safran et nouveau président d’honneur de l’association, a proposé 400 CDI aux 400 jeunes filles qui étaient présentes. Cette année, Safran s’est donné pour objectif d’embaucher près de 25 % de femmes.
Partenariats-écoles
L’association recherche des collèges et lycées partenaires dans toute la France. Depuis un an, un club des lycées qui rassemble entre 30 et 40 établissements a été créé. Chaque établissement membre s’engage à travers une charte à promouvoir les événements d’« Elles bougent » auprès des lycéennes en contrepartie d’une visibilité sur le site Internet de l’association.
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Le parcours de Marie-Sophie Pawlak Ingénieure chimiste de formation, Marie-Sophie Pawlak a commencé sa carrière dans l’industrie comme ingénieure recherche et développement (R&D) au sein de la multinationale 3M, sur des produits de nettoyage. Au bout de 3 ans, elle intègre le département automobile, où elle occupe successivement pendant 10 ans les postes d’ingénieure R&D et responsable du service technique. Elle quitte ensuite le monde de l’industrie pour rejoindre l’école d’ingénieurs ESTACA en tant que directrice des relations internationales, directrice des relations industrielles, puis directrice de la communication. Quelque temps plus tard, elle occupe les mêmes fonctions à SUPMECA, une autre école d’ingénieurs. Aujourd’hui, Marie-Sophie Pawlak travaille à l’ESSEC où elle est responsable de l’Institut Horizon-Métiers, un programme d’insertion de jeunes sans diplôme. |
