« Le monde de l’aéronautique ne s’organisera pas autour de nous, c’est donc à nous de nous adapter » déclare Frédéric Michelland. Présentant les résultats 2014 de l’équipementier, le président du directoire de Latécoère a également expliqué les modalités de sa restructuration financière, un préalable à la mise en place de sa nouvelle stratégie de croissance. Celle-ci va se baser sur trois points d’appui : un recentrage sur les activités à forte valeur ajoutée, une présence accrue dans l’après-vente et une diversification de la base clients.
Dans le secteur des Aérostructures et notamment des portes, Latécoère veut adopter cette stratégie de réintégration de la valeur ajoutée en internalisant davantage la fabrication de certaines pièces, certains mécanismes et des compétences-clés qui lui échappent. « Aujourd’hui, moins de 50% de la valeur ajoutée sur les portes d’avion est à Latécoère. Nous devons faire de la porte un produit à forte valeur ajoutée », indique Frédéric Michelland. De même, sur les fuselages et sous-ensembles de structure, le groupe souhaite se focaliser sur les sous-ensembles complexes (comme les mâts réacteurs, activité porteuse grâce aux programmes de remotorisation A320, 737 MAX et A330neo) et les structures équipées.
Il se reconnaît toutefois un handicap : sa faible automatisation. « Nous avons pris beaucoup de retard en raison de notre situation financière. » Un retard à rattraper : « c’est incontournable, notamment dans les métiers de structures, de fuselage. Une partie de l’enveloppe [issue de la restructuration de la dette, ndlr] sera consacrée à l’automatisation. Il faudra investir de façon importante dans les outils », citant par exemple le potentiel de l’impression 3D.
Dans le secteur des systèmes d’interconnexion, Latécoère souhaite évoluer d’une position d’assemblier à celle de systémier et préserver sa rentabilité dans les harnais en élargissant sa base clients. Une stratégie qui a déjà commencé avec des actions de diversification lancées vers de nouveaux avionneurs (Airbus Helicopters pour le H160), équipementiers (Liebherr pour la voilure A350), motoristes (Rolls-Royce). Elle touche également l’après-vente et le retrofit : par exemple, « chaque mois, nous avons un nouveau client compagnie aérienne pour les systèmes IFE ». De même, 80% de la flotte A380 est équipée de caméras Latécoère.
Une restructuration de la dette pour gagner en marge de manœuvre
Pour atteindre ses objectifs industriels, Latécoère doit réduire cette dette qui l’entrave depuis 2011 et qu’il ne parvient pas à rembourser. Le groupe devrait y parvenir grâce à l’accord qu’il a conclu avec ses nouveaux créanciers, Apollo et Monarch, et qui a été dévoilé le 30 avril. Prêts à prendre des risques en échange d’une participation à la stratégie de Latécoère, ils vont l’aider à renforcer ses fonds propres de 278 millions d’euros grâce à une double augmentation de capital, qui permettra de rembourser 178 millions d’euros de dettes et d’apporter 100 millions d’euros d’argent frais. « Apollo et Monarch vont permettre à Latécoère de prendre une autre stature. Nous sommes vraiment à la croisée des chemins. »
En 2014, Latécoère a réalisé un chiffre d’affaires de 664 millions d’euros. Preuve que le plan de restructuration Boost porte ses fruits, son résultat opérationnel a atteint 37,3 millions d’euros alors qu’il était négatif de 40,1 millions en 2013. Le résultat net a connu le même redressement, amenant le groupe à l’équilibre (100 000 euros malgré une forte dépréciation de la couverture sur le taux de change) contre une perte de 80 millions d’euros l’année dernière. Quant au carnet de commandes, il a une valeur de 2,6 milliards d’euros, ou quatre ans de production, tiré par l’augmentation des cadences sur les programmes A320neo et 787.





