Ayant fortement souffert du printemps arabe et de la concurrence de Transavia, Air Méditerranée s’est engagée dans une restructuration en 2011 qui a vu une diversification de ses activités avec le lancement de vols réguliers et la création d’une filiale en Grèce, Hermès. Deux ans plus tard, la compagnie française est toujours en perte mais a réussi à redresser son résultat d’exploitation pour parvenir à l’équilibre. 2014 devrait même être l’année du retour aux bénéfices.
Antoine Ferretti, le fondateur et dirigeant de la compagnie, dresse son bilan pour le Journal de l’Aviation.
Quel est le bilan de 2013 et de ces deux années de restructuration ?
Pour 2013, nous avons un bilan à l’équilibre sur l’ensemble des deux compagnies en termes de recettes d’exploitation, avec un contraste entre un résultat positif en Grèce et un résultat négatif en France. C’est ce qu’on avait prévu, ni mieux, ni plus mal, et c’est un bilan qui, pour moi, n’est pas satisfaisant.
Il faut remettre des choses en perspective. Depuis 2011, nous avons énormément restructuré Air Méditerranée : avec la création d’Hermès, qui a été un gros événement pour nous, le développement de nouvelles activités [comme l’activité régulière, ndlr] sur lesquelles nous avons dû prendre des risques et nous n’avons pas toujours gagné et puis les nouveaux métiers qu’on a dû apprendre dans ce cadre. Ces années ont été lourdes en termes de travail et de restructuration. Il nous a fallu trouver un nouvel équilibre pour Air Méditerranée et ce nouvel équilibre s’est construit avec une flotte partagée entre Air Méditerranée et Hermès.
Maintenant, nous arrivons à maturité sur l’essentiel de nos activités. Certaines de nos lignes régulières ont plus de deux ans d’ancienneté et nos systèmes de distribution sont chaque mois plus efficaces. On a mis beaucoup de temps à se connecter aux GDS mais maintenant nous sommes distribués sur l’ensemble des plateformes de réservation, des comparateurs de prix, nous sommes très visibles sur la toile. Il nous a fallu créer tout ce qui fait qu’une distribution marche mais qui prend malheureusement des années. Et ça a pris, avec des chiffres qui sont vraiment réjouissants sur cet aspect-là, qui montrent qu’on a créé une vraie marque, qu’il y a une communauté en France pour qui Air Méditerranée a un sens. Ça ne s’est pas fait en jour, ça a été difficile pour nous parce que cela s’est passé dans un contexte qui en plus était compliqué en termes de concurrence, surtout avec Transavia.
Quelle est votre position au sujet de Transavia et de son développement ?
Je ne suis pas anti-concurrence, au contraire, je veux bien me battre. Mais je préfère easyJet à Transavia, clairement. Chez easyjet, ils ont un compte d’exploitation et quand une ligne ne marche pas, ils l’arrêtent. Pas Transavia. On ne peut pas faire concurrence à une compagnie d’Etat qui vend systématiquement à perte. Je rappelle que je ne suis pas le seul à tenir ce discours puisque nous avons créé des lettres communes avec Jean-François Dominiak et Laurent Magnin [les PDG d’Europe Airpost et XL Airways, respectivement]. La situation n’a pas changé.
En somme, on fait des transferts d’avions entre les compagnies privées qui se font détruire par la compagnie d’Etat.
Quelles sont les perspectives pour 2014 ?
On va revenir à une situation positive parce qu’on aura deux avions de plus par rapport à l’été 2013. Ils sont entrés en fin d’année et ont fait passer la flotte de neuf à onze avions : six sous le pavillon d’Hermès et cinq sous le pavillon d’Air Méditerranée.
La grande nouveauté, qui nous permettra de passer au-delà de l’équilibre, c’est qu’on va lancer avec Hermès une grosse activité de sous-traitance (wet-lease) cette année. Pour cet été, nous aurons trois avions qui opèreront pour des compagnies tierces. Le développement du wet-lease me permet de gagner en productivité avec un risque faible parce que j’ai déjà des contrats qui sont signés.
Donc j’envisage l’année 2014 avec relativement de sérénité. On aura forcément des aléas mais les perspectives sont bonnes.
Quelle va être l’évolution de l’activité charter ?
Par le passé, nous opérions sur un métier unique qui écrasait toutes les autres activités : le charter. En 2013, il représentait environ 50% de notre activité. Mais en 2014, sa part va baisser mécaniquement en raison de la forte croissance sur l’activité de wet-lease. Trois avions sur onze à l’année seront dédiés à la sous-traitance, ce qui fera 27% de l’activité.
En 2012, en termes de chiffre d’affaires, le charter touristique représentait 61%, le charter pèlerinage 8% et les vols réguliers 31%. Aujourd’hui, ces activités, je les fais stagner mais je crée une nouvelle tranche dans le camembert qui va représenter 25% et qui représente ces vols sous-traités.
Le point important, c’est qu’en termes de charter touristique, je n’envisage pas de décroissance. Je ne parle pas du marché dans sa globalité. A la taille d’Air Méditerranée, sur les marchés français et européen, je garderai ma part d’activité même si le marché est en baisse. En plus je suis sur des contrats longue durée que je viens de renouveler : Fram pour trois ans, GoVoyages pour deux ans, Voyamar, qui est mon client historique. Et tout cela représente l’essentiel de notre activité charter.
Sur l’ensemble de nos activités, je ne suis pas dans une situation à risque sur l’année qui vient.







