« On dit que le secteur aérien français a besoin de consolidation. C’est la première opération de consolidation majeure » à laquelle on assiste, se réjouit Pascal de Izaguirre, président de Corsair et de TUI France.
Le groupe Dubreuil a en effet présenté les détails de son offre de rachat de Corsair à TUI aux représentants du personnel de la compagnie le 19 février. Une transaction qui, si elle est approuvée par le transporteur et les autorités de la concurrence, verra « la création du 1er pôle aérien français 100% privé », souligne Jean-Paul Dubreuil, président du Conseil de Surveillance du groupe Dubreuil et d’Air Caraïbes.
Le projet du groupe Dubreuil est d’acquérir 100% des actions détenues par TUI dans Corsair. Aucune fusion n’est envisagée : la marque et la structure de Corsair sont appelées à être maintenues, la compagnie devant une société soeur d’Air Caraïbes, filiale du groupe. L’équipe dirigeante sera constituée de Jean-Paul Dubreuil comme président du Conseil de Surveillance, Pascal de Izaguirre comme membre et Marc Rochet comme président du directoire.
Pas de réduction d’activité
L’association de Corsair et d’Air Caraïbes donne naissance à un pôle doté de quinze appareils – trois ATR 72-500, trois A330-200, six A330-300 et trois 747-400 – et autant de destinations, qui transporte 2,4 millions de passagers, réalise 830 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 2 000 salariés. Aucun plan social n’est prévu dans le cadre du projet ; en revanche, une augmentation de productivité est planifiée.
Une modernisation de la flotte est également prévue, basée sur l’A350, dont les commandes sont sur le point d’être augmentées (voir notre article Air Caraïbes étoffe sa commande d’Airbus A350). Une structure dédiée à l’exploitation des appareils sera créée et opérationnelle fin 2016, afin de créer des accords collectifs spécifiques à partir de zéro, sans devoir compiler les accords existants chez Air Caraïbes et Corsair.
En ce qui concerne le réseau, Air Caraïbes compte conserver les fréquences et les destinations de Corsair, y compris sur les Antilles. « Nous conservons toutes les routes opérées par Corsair », assure Marc Rochet. Seule une harmonisation des horaires est prévue. Une augmentation du nombre de destinations et des fréquences est même envisagée, des possibilités existant sur l’arc antillais et en Amérique du Nord. « Mais la priorité est le retour aux bénéfices » de Corsair, martèle Jean-Paul Dubreuil – Air Caraïbes étant déjà bénéficiaire et devant publier environ 14 millions d’euros de résultat net en 2014.
Les raisons du rapprochement
Le rachat de Corsair par le groupe Dubreuil est un projet de longue haleine qui fait régulièrement surface depuis cinq ans. Jean-Paul Dubreuil a expliqué que jusqu’à présent, les conditions n’étaient pas réunies pour que les deux parties s’entendent, Corsair ayant connu d’importantes difficultés financières ces dernières années et la flotte de 747 posant un vrai problème en termes de performance étant donné le prix du carburant.
Cette fois, les choses ont changé. Après une lourde restructuration qui a vu la transformation de la compagnie charter en compagnie régulière avec une meilleure offre à bord, Corsair est sur le point de redevenir bénéficiaire, l’équilibre étant attendu pour 2014-2015. « L’important, c’est le profit. Nous voulons faire découvrir le profit à Corsair dès la première année. » Par ailleurs, les 747 auront tous quitté la flotte en 2017.
Pour Air Caraïbes, qui a une marque forte mais un petit peu limitative en termes de réseau, Corsair offre une possibilité de diversification. La compagnie dessert en effet également le Canada, l’Afrique et l’Océan Indien. « Une alliée naturelle », selon le qualificatif de Marc Rochet, qui exerce le même métier et avec laquelle Air Caraïbes est déjà liée par un accord de partage de code depuis 2012.
Quant à la volonté de TUI de revendre sa filiale, elle s’explique par le fait que « Corsair ne fait pas partie du cœur de métier », indique Pascal de Izaguirre. Le business model est en effet complètement différent de celui des autres compagnies du groupe : le tour opérateur ne participe au chiffre d’affaires qu’à hauteur de 5% et s’est autrement totalement désengagé du long-courrier.
Et de conclure : « on ne peut que se réjouir que Corsair demeure une compagnie française. »








