Avec la forte reprise du trafic aérien après la pandémie, le marché est particulièrement porteur pour les activités de maintenance de Revima, avec une demande forte sur les révisions de trains d’atterrissage et sur les générateurs auxiliaires de puissance (APU). Nous avons rencontré Olivier Legrand, le président du groupe Revima, à l’occasion du dernier salon MRO Middle East à Dubaï. Dans cet entretien, Olivier Legrand fait le point sur la conjoncture, sur l’ensemble des activités de l’entreprise, mais également sur les prochaines évolutions de ses capacités. Entretien…
Le marché semble particulièrement favorable pour vos différentes activités aujourd’hui ?
Le marché est porteur en ce moment. Mais nous pourrions faire encore mieux. Cette année, nous avons établi un nouveau record historique en termes de chiffre d’affaires et de profitabilité. Nous avons franchi les 420 millions d’euros de chiffre d’affaires, en augmentation de 35 % par rapport à l’année précédente, en partie grâce à l’addition de notre nouvelle usine en Thaïlande, qui a doublé sa production d’une année sur l’autre. Tous les segments de nos activités sont en croissance.
L’activité de Revima Pacific est véritablement en train de décoller ?
Nous avons révisé pas loin de 250 jambes l’année dernière sur notre site de Chonburi, aussi bien pour les familles A320 que 737NG. C’est plus du double de l’année précédente et cette année, nous prévoyons encore 15 à 20% de croissance. Ce site a été dimensionné pour assurer la maintenance de 600 jambes de trains d’atterrissage par an. Nous visons à horizon deux ans entre 350 et 400 jambes. Au-delà, il sera nécessaire d’investir dans des machines et des équipements supplémentaires. Nous serons capables de monter de manière significative en puissance. La croissance du marché de l’Asie du Sud-Est est très importante en particulier sur les monocouloirs. Nous portons également une attention particulière à l’Inde, qui est un marché qui va littéralement exploser.
Et pour le Moyen-Orient ?
Nous entretenons des relations avec toutes les grandes compagnies aériennes de la région au Qatar, ici aux Émirats, en Arabie Saoudite ou à Oman. C’est une région qui est très importante pour nous, qui représente une partie non négligeable de notre chiffre d’affaires.
Comment avez-vous finalement surmonté les défis apparus ces dernières années au niveau des coûts de l’énergie et des difficultés de la supply chain ?
Nous avons intégré une partie des hausses des coûts de l’énergie dans nos prix et également déployé un plan d’économies. Les coûts des matières premières ont également connu une forte hausse et comme nos confrères, nous avons dû répercuter ceux-ci sur nos prix. Sur les APU, nous rencontrons des difficultés liées à la chaîne d’approvisionnement, avec une pénurie de pièces de rechange. Nous avons mis en place des systèmes de contournement, mais ils ont leurs limites. Nous effectuons plus de réparations qui auparavant n’étaient pas nécessairement économiquement viables, mais qui le deviennent en raison des pénuries.
Faute de livraisons suffisantes, les avions doivent voler plus longtemps, cela impose-t-il des réparations plus complexes ?
Sur les trains d’atterrissage, c’est une vraie question. Il existe en effet certains équipements que nous n’avons pas encore vus et dont nous n’avions pas nécessairement prévu la nécessité de les réparer, car ils en étaient à leur deuxième ou troisième TBO. Et comme certains avions devaient initialement être retirés du service, cela va être un sujet d’attention. Pour ce qui est des APU, c’est un peu pareil. Plus le temps passe, plus nous devons remplacer des pièces. En tout cas, pour nous, cela se traduit par une activité plus importante que nous l’avions anticipé pour des produits que nous pensions voir sortir de service. Et donc Il s’agit de maintenir la capacité sur ces produits tout en intégrant les nouveaux produits qui arrivent sur le marché.
L’activité concernant les trains d’atterrissage du Boeing 787 commence d’ailleurs à monter en puissance chez Revima. Cela représente un changement technologique, car ces trains sont dépourvus de chrome, ce qui implique l’utilisation de projection plasma HVOF. C’est une technologie nouvelle sur laquelle nous commençons progressivement à investir et qui implique des machines et des techniques de rectification différentes, ainsi qu’une maîtrise des procédés de projection. Nous avançons rapidement sur le programme 787 et nous allons nous intéresser très vite à l’Airbus A350.
Au niveau des réparations, quand voyez-vous venir la bascule en faveur des avions de nouvelle génération ?
Je pense que d’ici 5 à 6 ans, nous verrons un saut de génération, par exemple sur la famille A320. L’A320neo va prendre une place prépondérante sur les révisions de trains d’atterrissage d’ici 5 à 6 ans. Nous continuerons bien sûr à soutenir l’activité CTO en parallèle.
Qu’en est-il de l’activité FlightWatching sur le digital ?
Le digital continue aussi à être un levier d’innovation et de création de valeur important pour Revima. Nous poursuivons le développement de notre expertise, en maintenance prédictive, mais également sur une offre d’optimisation de l’utilisation de l’APU. Nous proposons notamment un service baptisé Opticooling, particulièrement utile dans les pays chauds, comme ici au Moyen-Orient, où il est utilisé par de grandes compagnies aériennes. Ce service veille à ce que l’APU soit démarré au bon moment, avant l’embarquement des passagers, afin d’assurer une température satisfaisante dans la cabine et d’éviter tout retard dû à un démarrage tardif de l’APU. En même temps, l’optimisation de l’utilisation de l’APU permet également de limiter sa surutilisation, ce qui permet d’économiser aussi du carburant. L’idée c’est d’aller au-delà de notre périmètre habituel, au-delà du simple métier de réparateur, un métier qui s’était déjà élargi avec le développement de la maintenance prédictive sur les APU. Nous nous intéressons à la vie de la machine après sa réparation, et maintenant nous allons encore plus loin en analysant la manière dont elle est utilisée. Nous offrons ainsi des conseils aux compagnies aériennes pour une utilisation optimale. Nous sommes dans une dynamique de développement de solutions de valeur additionnelle, et de rendre notre offre encore plus complète.
Cette bonne tendance du marché va-t-elle se traduire par de nouveaux recrutements ?
Les développements actuels sont en effet plutôt favorables tant pour notre activité que pour l’emploi. Nous comptons chez Revima près de 1300 collaborateurs, dont un peu plus de 850 à Caudebec-en-Caux. Nous avons également plus de 200 personnes en Thaïlande. Tous nos segments sont en croissance. L’année dernière, nous avons recruté 110 nouveaux collaborateurs et nous allons continuer sur le même rythme cette année.
Propos recueillis par Romain Guillot à Dubaï (EAU)








