En France, la formation d’ingénieurs par apprentissage se développe de plus en plus au sein des grandes écoles. Dans le secteur de l’aéronautique, les choses avancent, mais à petits pas puisqu’à ce jour seules deux écoles d’ingénieurs aéronautiques proposent ce type de parcours : l’ISAE et l’ENAC. Tour d’horizon.
L’école d’ingénieurs aéronautiques toulousaine ISAE a sauté le pas en 2012 en ouvrant le premier cursus d’ingénieurs aéronautiques par apprentissage en France, en partenariat avec le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers). « Cette formation a été mise en place sur la demande de l’État et des industriels, qui ont besoin d’ingénieurs de terrain ayant des connaissances sur les systèmes avion. Avec la fin des grands programmes, le client a pris une place de choix. On s’occupe davantage de lui en adaptant les versions de base à ses besoins. Pour ce faire, les industriels recherchent des ingénieurs capables de faire des allées et venues entre la production et les bureaux d’études », explique Manuel Samuelides, responsable de la formation par apprentissage à l’ISAE, également membre de la Commission des Titres d’ingénieurs (CTI), ancien professeur de mathématiques à l’ISAE et ingénieur de recherche à l’ONERA.
Cette formation d’ingénieur des systèmes aéronautiques, prévue sur trois ans, s’adresse principalement aux titulaires d’un BTS technologique « de préférence prolongé par une classe préparatoire ATS ou d’un DUT génie mécanique et productique, mesures physiques, énergétique, génie électrique et informatique industrielle », ajoute Manuel Samuelides. « Ces élèves sont nettement plus spécialisés que les étudiants issus des classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs », note-t-il.
De son côté, l’École Nationale de l’Aviation Civile (ENAC) a ouvert en septembre 2013 un cursus d’ingénieur en apprentissage sur son site de Montpellier. Cette formation a été créée sur la demande de la région Languedoc-Roussillon, « qui manque d’ingénieurs », explique Marc Houalla, directeur de l’ENAC. La formation, financée par la région, s’adresse elle aussi aux titulaires d’un BTS ou d’un DUT. L’école propose déjà la même formation par la voie normale. « Le diplôme délivré en trois ans est le même. L’une des différences réside dans le stage : alors que les étudiants du cursus classique réalisent un stage de fin d’études de 6 mois, ceux de la formation par alternance réalisent tout au long de leur cursus des périodes d’alternances entre l’école et l’entreprise avec laquelle ils ont signé un contrat », précise Philippe Crébassa, directeur adjoint de l’ENAC.
L’apprentissage n’est pas beaucoup développé au sein des écoles d’ingénieurs aéronautiques. Pourtant la demande est là. Depuis le lancement de sa formation, l’ISAE reçoit chaque année plus de 200 candidatures pour seulement 35 places. De son côté, l’École Nationale de l’Aviation Civile (ENAC) a également été assez agréablement surprise par l’engouement qu’a suscité sa formation. Elle a reçu 450 candidatures pour seulement 25 places. Un succès qui pousse l’ENAC à revoir ses objectifs, puisque l’école ambitionne à terme de former 40 étudiants chaque année. Avec le succès rencontré à Montpellier, cette formation pourrait prochainement être dupliquée à Saint-Yan et Grenoble, deux autres sites de l’ENAC. L’ISAE a aussi revu à la hausse ses chiffres de recrutement puisque l’école souhaite atteindre une cinquantaine d’apprentis pour chaque promotion.
Avec un nombre aussi limité de places, la sélection est donc très rude : tests écrits en maths, français et anglais, QCM, entretien avec un psychologue… en ce qui concerne l’ISAE. « Bientôt, un entretien avec les candidats pour sonder leur motivation et leurs compétences devrait être mis en place », explique M.Samuelides.
Parmi les autres projets de l’ISAE, « faire entrer l’ISAE-ENSMA de Poitiers et avec lui la région Poitou-Charentes comme troisième partenaire. Son apport serait logique et très complémentaire. Les démarches sont engagées pour une première rentrée à Poitiers dès 2015 », ajoute-t-il.
| Témoignage : Quentin Faure, 23 ans, apprenti ingénieur à l’ENAC
Dans le cadre de ma formation actuelle d’ingénieur ENAC par apprentissage, j’ai signé un contrat de 3 ans avec ATR. Ce contrat d’apprenti, correspondant à un CDD, me donne des droits similaires aux autres salariés de la société. L’alternance s’effectue à raison de deux mois à l’école et deux mois à l’entreprise. Je suis totalement intégré dans le service où je travaille, puisqu’on me propose des missions opérationnelles directement en lien avec ma formation. Mon type de parcours permet d’appliquer en entreprise les connaissances techniques et théoriques acquises à l’école, ce qui permet de faciliter l’intégration dans le monde du travail. À l’issue de mon apprentissage, je souhaiterais rejoindre un constructeur aéronautique dans l’exploitation aérienne. |








