[Romain Guillot à Toulouse] Les services ont incontestablement de beaux jours devant eux chez Airbus, au même titre que ses quatre familles d’avions commerciaux. L’avionneur européen vient de présenter à Toulouse son nouveau Global Services Forecast 2026-2045 (GSF), ses prévisions à long terme concernant le marché mondial des services aéronautiques.
Les dépenses du secteur devraient ainsi atteindre 422 milliards de dollars en 2045, contre 209 milliards cette année, accompagnant ainsi le quasi-doublement de la flotte mondiale, qui devrait atteindre 45 550 appareils en 2045, avec un nombre de passagers qui devrait passer de cinq à dix milliards dans 20 ans.
Évidemment, les services ont aussi été la source de difficultés pour les compagnies aériennes ces dernières années et ces perspectives restent soumises à quelques incertitudes. « La chaîne d’approvisionnement reste fragile et continue de provoquer des goulets d’étranglement. Nous sommes également confrontés à de nombreuses tensions géopolitiques, qui elles aussi ont des répercussions sur nos clients », a rappelé Cristina Aguilar Grieder, SVP Customer Services chez Airbus Commercial Aircraft. « Mais malgré tous ces défis, notre priorité reste inchangée. Nous devons accompagner la croissance de la demande du transport aérien, tout en veillant à ce qu’elle se déroule de manière sûre, efficace, fiable et durable », a-t-elle poursuivi.
Sans surprise, les activités de maintenance conserveront une place largement prépondérante, représentant près de 85% de la valeur du marché mondial des services en 2045.
La maintenance des moteurs et équipements déposés (off-wing maintenance) constituera le premier segment, avec 217 milliards de dollars attendus en 2045, soit une croissance annuelle moyenne de 3,7%. La maintenance sur avion (on-wing maintenance), qui englobe les opérations en ligne et les grandes visites, devrait pour sa part atteindre 36 milliards de dollars.
À noter, le numéro un mondial des avions commerciaux distingue désormais un troisième segment consacré au support des opérations de maintenance, regroupant notamment la logistique, la gestion des stocks de pièces et le support technique. Ce marché devrait représenter 104 milliards de dollars en 2045, avec une croissance annuelle moyenne de 4,3%.
Le segment regroupant le numérique et de la connectivité affichera quant à lui la croissance la plus rapide au cours des 20 prochaines années, avec une progression annuelle moyenne de 5,3%, pour atteindre 27 milliards de dollars en 2045, soit un triplement en valeur. Airbus mise notamment sur la maintenance prédictive (avec Skywise), les jumeaux numériques et l’exploitation des données opérationnelles en temps réel pour améliorer la disponibilité des flottes.
Selon les chiffres présentés par Amaya Rodriguez Gonzalez, Vice President Strategic Services Planning chez Airbus, les perturbations opérationnelles ont d’ailleurs représenté un coût d’environ 43 milliards de dollars pour les compagnies aériennes en 2025. Ce montant pourrait atteindre 80 milliards de dollars à terme, mais la numérisation pourrait permettre de réduire jusqu’à 30% les coûts liés aux retards et aux annulations.
Le vieillissement de la flotte mondiale soutiendra également les activités de modification et de modernisation des appareils. Airbus souligne que 12% des avions actuellement en service dépassent désormais les 21 ans, contre seulement 8 % il y a dix ans. Le marché des modifications et améliorations devrait ainsi atteindre 21 milliards de dollars en 2045, porté notamment par la modernisation des cabines et par la demande croissante pour les classes premium.
L’économie circulaire constituera un autre important levier de croissance pour les services. Airbus prévoit en effet le retrait et le démantèlement de quelque 18 400 appareils au cours des 20 prochaines années, ce qui alimentera un marché cumulé estimé à 60 milliards de dollars au niveau des pièces usagées réutilisables (USM).
Pour ce qui des besoins en main-d’œuvre, l’avionneur européen estime que le secteur devra former quelque 730 000 nouveaux techniciens de maintenance d’ici 2045, auxquels s’ajouteront 660 000 pilotes (PNT) et 1,05 million de personnels navigants commerciaux (PNC), soit un besoin total cumulé de 2,44 millions de professionnels.
Cette croissance intervient cependant dans un contexte de pénurie persistante de main-d’œuvre qualifiée. « En 2026, les mécaniciens sont une ressource très rare. Il faut aujourd’hui six ans pour former un mécanicien certifié », a notamment souligné Arnaud Demeusois, Head of Services Marketing chez Airbus.
Le nouveau Global Services Forecast 2026-2045 est téléchargeable ici :
https://www.airbus.com/en/products-services/commercial-aircraft/global-services-forecast


