Le Journal de l’Aviation a profité de la troisième édition du salon aéronautique de Marrakech pour s’entretenir avec le Colonel Pierre Edery, Attaché de Défense de l’ambassade de France à Rabat.
Colonel, à l’occasion du Marrakech Air Show, pouvez-vous nous détailler les enjeux de la coopération franco-marocaine en matière de Défense ?
La coopération entre la France et le Maroc en matière de Défense n’est pas une coopération de substitution. C’est bien plus une coopération dont les deux pays profitent pleinement.
En ce qui concerne la France, le Maroc met « à disposition » un vaste espace d’entraînement, qui nous sert notamment lors des campagnes de tirs valorisé. L’environnement marocain rappelle beaucoup celui que l’armée française peut rencontrer en Afghanistan, ce qui représente un avantage certain et nous prépare d’autant mieux aux OPEX dans ces régions. Le Maroc est aussi un très bon terrain d’entraînement pour les avions de transport tactique. Pour les vols au-dessus de l’Atlas, il y a moins de zones restreintes (neige etc.) qu’en France, ce qui augmente la capacité d’entraînement.
En échange du terrain d’entraînement, la France met à disposition son savoir-faire en matière de technologie et de formation. Les Forces Royales Air (FRA) peuvent ainsi mettre « le pied à l’étrier » pour la standardisation au format OTAN. Le Maroc est en effet un allié militaire important de l’OTAN, et l’entraînement et la formation en France permettent aux forces armées de se perfectionner selon le standard de l’alliance Atlantique. Il s’agit surtout de perfectionner l’interopérabilité des hommes et des machines : préparer, partir, effectuer l’opération, revenir et débriefer, tout cela se fait malgré les disparités, selon un format précis.
Le prochain exercice majeur entre les deux pays devrait se tenir vers la fin de l’année 2012. Un exercice conjoint de guerre électronique permettra la validation de la préparation des FRA en cas de menace réelle sur le pays
Enfin, pour finir sur la coopération franco-marocaine, nous avons régulièrement des échanges d’escadrons et des stages binationaux. Le fait que les deux armées parlent la même langue facilite évidemment les échanges.
Le Maroc s’est équipé de chasseurs F-16 de Lockheed Martin, et a également reçu des Mirage F1 modernisés de Dassault. Y a-t-il un impact sur la coopération franco-marocaine ?
La flotte d’avions du Maroc a deux composantes, elle est à moitié française, à moitié américaine. L’échec du Rafale dans le Royaume ne doit pas être vécu comme un traumatisme. D’ailleurs, il faut rappeler que le Mirage F1 est équipé du système d’arme du Rafale, ce qui améliore grandement l’interopérabilité entre les deux armées de l’air. En effet, les deux ont le même langage, le même armement, les mêmes méthodes opérationnelles. Cela ne remet donc pas du tout en cause la coopération entre la France et le Maroc.
Dernière question Colonel, pourquoi l’armée de l’Air est-elle si peu représentée au Marrakech Air Show ?
Il ne faut pas oublier que l’armée de l’Air a participé à trois guerres en 2011 : En Afghanistan tout d’abord, mais aussi en Côte d’Ivoire et en Libye lors de l’opération Harmattan. Cela représente un grand nombre de militaires impliqués, et la priorité était de les faire revenir chez eux, avant de participer à un salon aéronautique. Planning serré et restrictions budgétaires ont influencé la décision de ne pas présenter d’avions à Marrakech. Il faut ajouter à cela qu’il n’existe que deux pilotes de présentation de Rafale pour les shows aériens, ce qui réduit considérablement les capacités de présentation. Enfin, la Patrouille de France étant une formation d’été, elle ne pouvait pas participer au salon. Cependant, il faut souligner la présence de l’équipe de voltige de l’armée de l’Air, qui assure des shows aériens pendant le salon. Ceci dit, si nous voulons venir l’année prochaine, nous viendrons.
Le rendez-vous est donc pris pour 2013.