Dans un entretien accordé au quotidien autrichien Tiroler Tageszeitung, le secrétaire fédéral du parti socialiste (SPÖ) Günther Kräuter a déclaré vouloir vendre les Eurofighter autrichiens à d’autres pays européens. Il souhaite également que la surveillance aérienne du pays se fasse au travers d’un traité avec des pays voisins, tout ceci en raison de la crise économique et des restrictions budgétaires.
De son côté, le ministre autrichien de la Défense Norbert Darabos (SPÖ) a clairement affirmé sa position contre cette proposition, dans un communiqué publié sur le site du ministère. Il rejette l’idée de vendre les avions, selon deux arguments : il faudrait alors songer à les remplacer, et avance, de plus, que des négociations du contrat Eurofighter ont déjà permis d’économiser 370 000 euros, dont 250 000 sont allés « cash dans les poches de la République », ce qui est toutefois contesté par la Cour des comptes, qui parle d’une économie de 267 000 euros. Enfin, le ministre affirme soutenir l’idée d’une Autriche de plus en plus neutre, en arguant que la surveillance aérienne de la nation est un élément essentiel de cette neutralité.
Les critiques des autres partis autrichiens ne se sont pas fait attendre. Le parti populaire (ÖVP), membre de la coalition avec le SPÖ, qualifier le parti de « fragile », le parti nationaliste FPÖ parle d’un « tohu-bohu au ministère de la Défense » et le BZÖ, issu du FPÖ, surnomme le secrétaire fédéral du SPÖ « le guignol politique ».
De plus, une enquête préliminaire a été ouverte à l’automne 2011, à propos de l’ancien ministre de la Défense, Hubert Schreibner (BZÖ), soupçonné de corruption et de blanchiment d’argent. Ministre de la Défense lors du choix de l’Eurofighter, on lui reproche, entre autre, d’avoir touché 5 000 euros par mois de la société Eurofighter Jagdflugzeuge GmbH depuis septembre 2010, des années après avoir quitté son mandat. Schreibner dément toutefois les accusations.
Si les hypothèses se confirmaient, la corruption du ministre pourrait être une clause échappatoire pour l’achat des Eurofighter.
Rappel historique. L’Autriche décide en 2000 de commander de nouveaux avions pour remplacer sa flotte de Draken vieillissants. Le pays se décide en 2002 pour l’offre d’Eurofighter, annonçant l’achat de 24 avions pour une somme de 1,791 milliards d’euros. Le nombre d’avions de chasse est réduit à 18 avions pour 1,969 milliards d’euros lors de la signature du contrat en 2003. La flotte passe finalement à 15 avions en 2007. Entre temps, des scandales divers et des dissensions ralentissent le processus d’acquisition. Le premier Eurofighter est livré en juillet 2007, le dernier en septembre 2009.








