Extrêmement touchées par la crise globale qui touche le transport aérien mondial, les compagnies indiennes commencent à se pencher sérieusement sur leur rentabilité. Après son mariage de raison avec Kingfisher, Jet Airways a en effet annoncé le 15 octobre qu’elle réduisait la voilure pour cet hiver, et pas seulement pour ses opérations.
Le programme de vols va être limité de 15% par rapport aux prévisions initiales. En conséquence, une partie du personnel recruté en vue de l’expansion de la compagnie va être licenciée. La première vague de départs va toucher huit cents hôtesses de l’air et stewards. D’autres secteurs seront ensuite touchés, comme les PNT ou les postes de direction.
Jet Airways avait en effet établi son programme hiver en tablant sur une hausse continue du trafic domestique en Inde et comptait lancer sa première phase d’expansion sur le secteur international.
Cependant, le transport aérien du subcontinent est dans une situation critique. Selon l’analyse de l’IATA, après la libéralisation du secteur, des dizaines de compagnies ont été créées et ont passé des milliards de dollars de commandes, sans se soucier de la capacité des infrastructures à suivre cette croissance effrénée. Un seul but les guidaient : acquérir la plus grande part de marché possible, aux dépens de leur rentabilité.
Mais depuis, le prix du pétrole s’est lui aussi envolé et reste très volatile aujourd’hui. Or c’est en Inde, où il est lourdement surtaxé, qu’il coûte le plus cher. Les compagnies sont ainsi d’autant plus touchées par sa hausse.
La croissance du transport aérien a donc considérablement ralenti cette année. Alors qu’elle a été en moyenne de 33% en 2007, elle a chuté à 7,5% au premier semestre de 2008 et a fait place à la récession aux mois de juillet et août. Jet Airways a enregistré de son côté « une baisse à deux chiffres » de son trafic domestique.
Selon l’IATA, l’Inde devrait être le deuxième pays (après les Etats-Unis) à enregistrer la plus grande perte en 2008 : elle devrait atteindre 1,5 milliard de dollars. La croissance de son offre domestique devrait donc s’arrêter d’ici la fin de l’année, à l’image de celle de Jet Airways. On assiste également déjà à de nombreux reports de livraisons, voire d’annulations. C’est notamment le cas chez Kingfisher, qui a par exemple renoncé à ses Airbus A340-500 et probablement à ses A380. Enfin, le secteur devrait poursuivre sa consolidation, seule solution pour réduire les coûts des compagnies. Celle-ci a commencé avec la fusion d’Air India et d’Indian Airlines, s’est poursuivie avec l’absorption d’Air Sahara par Jet Airways et a passé une nouvelle étape le 13 octobre avec le rapprochement de Jet Airways et de Kingfisher.