En ce début d’année 2012, Le Journal de l’Aviation revient sur les 6 personnalités qui ont marqué l’actualité aéronautique en 2011. Entre grands patrons et grands directeurs d’avionneurs, d’équipementiers ou de compagnies aériennes, ils ont retenu notre attention. Portraits.
Filippo Bagnato, la force tranquille d’ATR
Quelle année pour ATR et son dirigeant Filippo Bagnato ! L’avionneur franco-italien a réalisé sa plus belle année commerciale en 2011 : 157 appareils en commande ferme et 79 en options. Son carnet de commandes totalise 224 turbopropulseurs pour une valeur de 5 milliards de dollars (près de 4 milliards d’euros).
Poussé par son succès, ATR qui a réalisé 1,3 milliard de dollars de chiffre d’affaires et livré 54 appareils l’année passée projette de produire 70 avions en 2012 et plus de 80 à partir de 2013. Le constructeur d’avions régionaux turbopropulsés est devenu leader mondial sur le segment des 50 à 90 sièges, avec 80 % de parts de marché. D’ailleurs, le PDG de l’entreprise ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il annonce déjà un chiffre d’affaires 2012 avoisinant les 2 milliards de dollars.
ATR doit assurément son succès à Filippo Bagnato qui est revenu aux commandes de la société en 2010. Ce charismatique Italien de 63 ans travaille chez Finmeccanica depuis de longues années : il a été vice-président exécutif du développement technique, industriel et commercial du groupe (de 2004 à 2007) et président du conseil d’administration d’ATR. Au cours de sa carrière, Filippo Bagnato a également été directeur du consortium d’Eurofighter GMBH, Eurofighter International, vice-président d’Aermacchi ou encore président du conseil d’administration de Lockheed Martin Alenia Tactical Transport Systems.
Cheikh Ahmed Bin Saeed Al-Maktoum, le prince d’Emirates
Président du groupe Emirates, Cheikh Ahmed Bin Saeed Al Maktoum œuvre depuis plus de 25 ans pour le développement de l’aviation civile aux Émirats Arabes Unis. Membre de la famille royale et figure incontournable de la scène économique de Dubaï, Cheikh Ahmed Bin Saeed Al Maktoum a marqué le monde du transport aérien en 2011 avec une nouvelle commande gigantesque de « Triple Sept » passée avec Boeing pour 50 appareils fermes et 20 options, un contrat d’une valeur de 26 milliards de dollars au prix catalogue.
Grâce à la volonté et à la détermination du Cheikh Ahmed Bin Saeed Al Maktoum qui la dirige depuis sa création, la compagnie aérienne basée à Dubaï est en phase de devenir la plus importante compagnie long-courrier en 2015. Un véritable parcours de réussite pour Emirates qui a été lancée avec seulement 2 avions en leasing et 3 destinations en 1985. Aujourd’hui, le transporteur détient une flotte de plus de 168 gros-porteurs et opère vers plus de 115 destinations à travers six continents.
Par ailleurs, le Président d’Emirates, âgé de 53 ans, siège à la direction de la GCAA (General Civil Aviation Authority of UAE) et est président des aéroports de Dubaï (Dubai International et Dubai World Central). Il occupe aussi d’autres postes d’influences au sein du gouvernement émirati et dirige de nombreuses organisations caritatives, dont la Fondation Emirates.
John Leahy, l’homme qui a vendu 1608 Airbus en 2011
C’est sans doute la star 2011 du monde aéronautique. John Leahy, considéré par la profession comme le « meilleur vendeur d’avions du monde », a marqué les esprits avec ses 1608 Airbus de vendus (1419 en commandes nettes en comptant les annulations), dont 1226 monocouloirs remotorisés (A320neo).
À la tête des activités commerciales d’Airbus depuis 1994, cet Américain diplômé de l’université de Syracuse (New York) a rejoint l’entreprise en 1985. Repéré par Jean Pierson, PDG d’Airbus à l’époque, alors qu’il travaillait encore chez Piper Aircraft (spécialiste américain des petits avions de tourisme), John Leahy a toujours cru au potentiel de l’avionneur européen pour devancer Boeing : lorsqu’il a pris les commandes des activités commerciales d’Airbus en 1994, l’avionneur ne détenait que 18 % du marché. En 2000, Airbus détenait plus de 50 % et aujourd’hui plus de 60 % du marché avec un chiffre d’affaires de plus de 140 milliards de dollars. En juillet 2011, John Leahy avait défié Boeing sur son terrain en vendant 460 A320 (dont 260 neo) à American Airlines, quatrième compagnie aérienne des États-Unis.
Grâce à son flair et à son culot, John Leahy a vendu au total plus de 10 000 avions. Airbus lui devant ainsi ses plus beaux succès commerciaux.
John Leahy est par ailleurs diplômé d’un MBA (université de Syracuse, New York) et d’un BA (université de Fordham, New York).
Rahul Bhatia, l’homme à la tête d’une low-cost rentable qui monte
Au moment où les compagnies aériennes indiennes battent de l’aile, telles Kingfisher ou Air India, IndiGo, elle, vole dans un ciel bleu. Le dernier salon du Bourget avait été témoin de cette prospérité : Rahul Bhatia, le PDG de cette jeune low-cost indienne fondée en 2005 avait marqué les esprits en passant commande de 180 Airbus A320 supplémentaires (dont 150 neo), un contrat d’une valeur de plus de 16 milliards de dollars.
Une autre preuve de sa bonne santé financière, IndiGo est devenue la seconde compagnie aérienne indienne avec une part de marché de 19,6 %, détrônant ainsi Kingfisher (16,7%). Mieux, elle est aujourd’hui la seule compagnie aérienne indienne affichant un bénéfice.
Véritable success-story à la bollywoodienne, IndiGo semble bien positionnée pour se développer sur le marché national et international. À l’heure où le trafic aérien indien est en phase de passer de 100 millions de passagers en 2011 à 450 millions en 2020, Rahul Bhatia, 57 ans, voit loin et nourrit de grandes ambitions pour sa compagnie aérienne : posséder la plus importante flotte du pays pour devenir la première compagnie privée nationale.
Cette compagnie low cost, dont l’ascension fulgurante est loin d’être terminée, doit sans doute son succès à son PDG qui a su dès le départ anticiper l’évolution des attentes de la population indienne : proposer « des avions qui arrivent à l’heure, qui sont propres et qui offrent des prestations parfaitement exécutées », aime rappeler Rahul Bhatia.
Jean-Paul Herteman, l’homme qui propulse Safran
Safran a le vent en poupe depuis la prise de fonctions de son nouveau PDG Jean-Paul Herteman, en avril 2011. Le groupe reste numéro un mondial des moteurs d’avions civils (avec son partenaire américain GE) , des turbines d’hélicoptères (Turbomeca), et des trains d’atterrissage (Messier-Bugatti- Dowty).
CFM International a ainsi enregistré des commandes pour 1500 CFM 56 et des engagements pour 3056 LEAP-X, totalisant ainsi 51,7 milliards de dollars de contrat pour l’année 2011. L’objectif de Jean-Paul Herteman est clairement défini : détenir les trois quart du marché de la future motorisation de la flotte des monocouloirs A320neo d’Airbus et 737 MAX de Boeing.
L’histoire entre Jean-Paul Herteman et le groupe Safran ne date pas d’hier. C’est en 1984 que ce polytechnicien pousse pour la première fois les portes de la Snecma (Société Nationale d’Étude et de Construction de Moteurs d’Aviation), pour ne plus jamais y ressortir. Son charisme et son sens des affaires le conduiront, au fil des années, à des postes de hautes responsabilités.
Parmi ces postes, ceux de chef des programmes de recherche Matériaux et Procédés en 1987, directeur des programmes CFM 56 et de vice-président de CFM International (co-entreprise créée par Safran et Sagem) en 1995, président-directeur général de Snecma Moteurs (aujourd’hui Snecma) en 2002, directeur général de la branche Défense Sécurité de Snecma en 2006, président du directoire du groupe Safran en juillet 2007 et enfin président-directeur général du groupe Safran en 2011. Jean-Paul Herteman est par ailleurs président du GIFAS depuis juillet 2009 et membre du Conseil d’administration du CNRS depuis novembre 2009.
Rusdi Kirana, le lion de l’Indonésie
Il est entré dans les annales de Boeing en novembre 2011 en signant le plus gros contrat encore jamais conclu par l’avionneur américain. Rusdi Kirana, PDG et co-fondateur de Lion Air, a commandé 230 Boeing 737 dont 201 737 MAX, soit pour près de 22 milliards de dollars. Un risque aveugle ? Pas pour ce businessman de 48 ans, visionneur dans l’âme, qui espère gagner des parts de marché en Asie du Sud-Est où le transport aérien connait un dynamisme sans précédent et où une ouverture des espaces aériens est prévue courant 2015.
Depuis qu’il a fondé Lion Air avec son frère Kusnan en 1999, Rusdi Kirana a toujours cru en sa compagnie même après le tragique accident d’un de ses avions, un MD-82, qui avait couté la vie à 25 passagers. Cet événement, survenu en 2004, avait valu à la compagnie aérienne de figurer dans la liste noire de l’Union Européenne.
Loin des années sombres, Rusdi Kirana prend sa revanche aujourd’hui en enchainant les commandes : après le coup d’éclat du contrat passé avec Boeing, le PDG du transporteur indonésien à bas cout avait de nouveau fait parler de lui le 16 décembre 2011 en déclarant envisager de passer une nouvelle commande en février prochain.
Avec ses nouveaux appareils, Lion Air, qui possède déjà une flotte de 67 appareils, compte recruter plus de 200 pilotes indonésiens chaque année. De plus, le transporteur a récemment annoncé son projet de se lancer dans l’aviation d’affaires à travers une compagnie baptisée Space Jet.
Credits photos : Le Journal de l’Aviation, Emirates, Airbus, Interglobe, Safran, Boeing.