Un cru particulièrement bon. Que ce soit pour Airbus ou pour Boeing, 2005 restera une année record. Les résultats des deux plus grands constructeurs d’appareils commerciaux trahissent une croissance historique des commandes et des livraisons dans le secteur aéronautique.
Gustav Humbert, qui présidait sa première conférence de divulgation des résultats en tant que Président d’Airbus, a attribué cette performance au développement du marché asiatique et à la flambée des cours du pétrole qui pousse les compagnies aériennes à moderniser leur flotte.
La question de savoir qui de Boeing ou d’Airbus était leader sur le marché vient également de trouver sa réponse. Après avoir savamment entretenu le suspens durant quelques semaines, Airbus a annoncé qu’il conservait sa première place mondiale pour la cinquième année consécutive, aussi bien en terme de livraisons qu’en terme de commandes.
Record surprise de commandes pour Airbus
Le marché savait à quoi s’en tenir en terme de livraisons. Boeing avait annoncé que les siennes avaient atteint 290 appareils en 2005, un résultat entravé par la grève des mécaniciens au mois de septembre. Airbus estimait quant à lui atteindre les 370 unités. L’annonce, lors de la conférence de presse du 17 janvier, par le constructeur européen qu’il conservait sa première place avec 378 livraisons n’a donc pas surpris.
En revanche, la deuxième annonce en a étonné plus d’un. Les résultats de Boeing, publiés le 5 janvier, faisaient état de 1.002 commandes nettes pour 2005, une explosion par rapport aux 272 de 2004. Face à cette très impressionnante augmentation, Boeing était donné vainqueur en nombre de commandes, même si une meilleure performance d’Airbus restait réalisable. Hypothèse confirmée ce matin par la divulgation de ces résultats jalousement gardés pour augmenter leur impact : le constructeur européen a enregistré 1.055 commandes nettes. Les ventes avant annulations et conversions se montaient à 1.029 appareils pour le constructeur américain et à 1.111 pour Airbus. Au total, ce sont 2.057 appareils commerciaux représentant 201,8 milliards de dollars qui ont été vendus par les deux constructeurs sur le marché des plus de 100 places. Le précédent record était daté de 1989 et atteignait « seulement » 1.631 ventes.
Quant aux commandes en attente de livraison (backlog), elles se montent à 2.177 dans le carnet du constructeur européen et à 1.809 appareils pour Boeing. Indépendamment de l’écart, on constate qu’il continue à progresser chez les deux concurrents. Etant donné que les commandes ne cessent également d’augmenter, les usines de production américaines et européennes ont encore de belles années de travail devant elles. De quoi susciter cette conclusion de Gustav Humbert : « 2005 a été une année record pour l’industrie en général et pour Airbus en particulier. »
Deux bémols sur cet hymne à la joie
Mais tout n’est pas si rose chez Airbus. Si le constructeur a dégagé des bénéfices supérieurs à l’objectif des 10 pour cent, notamment grâce à un important programme de réduction des coûts dans un contexte de guerre des prix et face à une parité euro-dollar défavorable, deux programmes n’ont pas totalement comblé les espérances du constructeur sur le marché des gros-porteurs : le programme A340 et d’une moindre mesure, le nouveau programme A350.
Les performances de l’A340 à la vente restent assez faibles, à tel point que le constructeur envisage sérieusement l’idée d’y apporter des modifications afin qu’il puisse rattraper l’avance prise par son concurrent américain biréacteur.
Le programme A350, appareil dont la production a été lancée le 6 octobre, n’a quant à lui pas atteint l’objectif des 200 commandes qu’Airbus lui avait initialement fixé, et en enregistre 172.
C’est ainsi que la valeur des 1.111 commandes brutes, qui représentent 52% du marché cette année, est estimée à près de 95,9 milliards de dollars aux prix catalogue, à comparer aux 211,8 milliards de dollars de l’ensemble du marché. Le constructeur européen est donc obligé de céder la première place à Boeing qui accapare ainsi 55% du marché en valeur, la part des commandes de gros porteurs étant plus importante pour le constructeur américain.