Le fret aérien s’enfonce dans la crise. Thermomètre de la santé de l’économie mondiale, il a vu son trafic chuter de 22,6% en décembre 2008 – même la crise qui a suivi le 11 Septembre n’a jamais vu une telle baisse. La diminution est de 4% sur l’année 2008, selon le bilan publié par l’IATA (International Air Transport Association) en janvier. Toutes les régions du monde sont concernées, l’Asie en tête.
L’aéroport de Hong Kong a ainsi enregistré une baisse de 28,9% de son trafic cargo en janvier par rapport à janvier 2008. Les importations sont très touchées, mais moins que les exportations qui s’effondrent. Cathay Pacific, principale compagnie basée à l’aéroport, a enregistré une chute de 26% de son trafic fret pour une réduction de ses capacités de 15,9%. Celle-ci concerne principalement les échanges avec l’Asie du Nord-Est et l’Amérique du Nord.
Pour lutter contre cette crise du secteur, elle a décidé de retirer deux Boeing 747-400BCF de sa flotte durant un an. Elle commence également à chercher de nouveaux canaux de revenus et s’est récemment tournée vers le sud de l’Asie (Vietnam et Indonésie). Enfin, elle a demandé à l’aéroport de Hong Kong le report de la construction de son terminal cargo dédié. Celui-ci sera achevé deux ans plus tard que prévu, en 2013.
Ses voisines de Taïwan ne se portent pas mieux. China Airlines, qui a vu son trafic cargo divisé par deux en un an, et EVA Air viennent de révéler qu’elles allaient elles aussi contribuer au remplissage du désert californien en retirant respectivement trois et deux B747 cargo du service.
L’Europe n’est pas à la fête non plus, même si ses échanges ont moins diminué que ceux d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Amérique Latine. Pour préserver ses emplois, Lufthansa a choisi de réduire le temps de travail de 2 600 employés. Son trafic a perdu 21,4% en décembre.
Air France KLM est tout autant touché. Le groupe a expliqué que non seulement son trafic avait chuté de 23,3% en décembre pour une réduction de capacités de seulement 10,4%, mais que sa recette unitaire s’était effondrée à cause de la perte des surcharges carburant et de la surcapacité. Elle a ainsi décidé de reporter de dix-huit mois la livraison de l’un de ses B777F prévu pour cette année.
Elle partage cette mesure avec d’autres compagnies. FedEx par exemple a demandé à Boeing la révision du calendrier de livraison de ses quinze premiers B777F. Au lieu d’être remis entre 2009 et 2011 comme prévu initialement, ils le seront entre 2010 et 2014.
Les constructeurs vont donc également être touchés. Deux programmes ont déjà été volontairement ralentis. Celui du B747-8F a pris près d’un an de retard, une partie des ressources d’ingénierie ayant été déplacée sur le programme 787. Il devrait sortir au troisième trimestre 2010 au lieu de fin 2009. Quant à Airbus, il a choisi de retarder de six mois la sortie de l’A330-200F à 2010, officiellement pour satisfaire l’importante demande concernant la version de passage de l’appareil mais probablement aussi pour éviter de lancer trop vite un appareil qui ne rencontrera pas un public devenu frileux.