Air Canada ne déroge pas à la règle : elle aussi subit de plein fouet l’augmentation des prix du kérosène. En plus de lutter à coup de surcharges carburant, la compagnie canadienne s’apprête donc à réduire la voilure pour cet hiver. Cependant, sa situation est loin d’être aussi périlleuse que celle des autres compagnies d’Amérique du Nord, comme nous l’a expliqué Yves Dufresne, le Vice-Président, le 12 juin.
Le véritable point commun d’Air Canada avec ses concurrentes US est la faiblesse de sa couverture carburant. Elle n’est en effet protégée qu’à 20% contre la flambée des prix du kérosène, si bien que celui-ci est devenu son premier poste de charge en représentant 25% de ses dépenses en 2007. Elle a dépensé 2,5 milliards de dollars en carburant et ce nombre pourrait atteindre 3,5 milliards en 2008.
Comme ses consoeurs, elle a commencé par appliquer plusieurs surcharges, en les adaptant selon la capacité d’absorption de ses marchés. Ainsi celle entre le Canada et le Japon atteint 400 dollars tandis qu’elle est moitié moins importante vers l’Europe. Mais ces taxes supplémentaires ne sont pas la panacée. Déjà parce qu’elles ne peuvent pas couvrir toutes les dépenses en carburant : sur un Toronto – Hong-Kong, chaque passager consomme déjà 1 000 dollars de kérosène. De plus, leur augmentation systématique finirait par décourager les voyageurs loisirs.
Air Canada va donc prendre une autre mesure cet hiver : la réduction de ses capacités. Celle-ci ne touchera pas la France. En revanche, la baisse du trafic sur le marché japonais va conduire à la suppression d’Osaka du programme de vol à partir de novembre. La liaison vers Rome va également être abandonnée de novembre à mars. La compagnie canadienne ne devrait pas aller jusqu’à clouer une partie de sa flotte au sol, hormis ses Boeing 767-200. Mais leur fin de service avait déjà été planifiée, le calendrier s’est simplement accéléré. Enfin, des appareils de moindre capacité que les B767-300ER officiant aujourd’hui devraient être placés sur certaines liaisons d’Amérique Latine. Davantage de détails seront communiqués d’ici la fin du mois.
Les points forts d’Air Canada
Toutefois, par rapport aux compagnies des Etats-Unis, Air Canada a de sérieux atouts. Tout d’abord, elle peut compter sur l’économie canadienne qui ne montre aucun signe de faiblesse. Elle repose en effet fortement sur l’exploitation des ressources naturelles. Elle n’a également qu’une seule concurrente sur le marché domestique : la low-cost WestJet. Sa présence a forcé Air Canada à modifier son modèle économique sur le secteur et à se placer entre la low-cost et le transporteur « full service ».
La compagnie canadienne s’appuie également sur trois hubs rénovés, efficaces et peu congestionnés. Toronto est le principal, celui qui a la vocation de connecter toutes les parties du monde entre elles. Vancouver est quant à lui principalement tourné vers l’Asie, tandis que Montréal l’est davantage vers les USA.
Sur un vol reliant Hong-Kong et Toronto, la consommation de kérozène dépasse les 1 000 dollars par passager. Photo © AéroContact
Mais surtout, après sa sortie de la « loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies » (l’équivalent canadien du chapitre 11), Air Canada a choisi d’investir massivement dans sa flotte. Depuis 2004, elle a commandé quarante-cinq ERJ 190 d’Embraer, dix-huit Boeing 777 et trente-sept B787. Elle exploite donc une flotte assez jeune, moins gourmande en carburant que celles des compagnies US, économique et flexible.
Enfin, ses opportunités de développement sont considérables puisque l’Union Européenne et le Canada s’apprêtent à signer un accord de ciel ouvert avant la fin de l’année. Air Canada profite déjà d’accords bilatéraux intéressants avec de nombreux pays européens (comme l’Allemagne) mais celui en vigueur avec la France, l’un de ses plus importants marchés, est très restrictif, limitant les partages de code et les dessertes. Air Canada et Air France ne relient directement que Paris à Montréal et Toronto. L’Open Sky devrait lui permettre d’étendre son récent accord de partage de code avec Corsair – qui vient d’inaugurer un vol entre Orly et Québec et va sous peu lancer Orly-Halifax – aux lignes intérieures. Enfin, Air Canada pourrait également desservir Lyon, avec un partenaire.