Alitalia est repartie sur de nouvelles bases. L’ancienne compagnie publique criblée de dettes a réalisé son premier vol en tant que compagnie privée le 13 janvier, après s’être assurée la veille du soutien de l’une des plus importantes compagnies mondiales, Air France KLM. La compagnie italienne a en effet ouvert les bras au groupe franco-néerlandais le 12 janvier en le choisissant pour partenaire stratégique.
Air France KLM a donc souscrit une augmentation de capital réservée de 323 millions d’euros – à peine le double de ce qu’il a versé lors du rachat de VLM – pour acquérir 25% des parts dans Alitalia. Ce faisant, il a reçu trois sièges (sur dix-neuf) au Conseil d’Administration de la compagnie italienne et deux (sur neuf) au Comité Exécutif. Toutefois, le groupe ne pourra pas prendre possession de davantage de parts avant au moins quatre ans.
Air France KLM ne pouvait pas en effet laisser Alitalia entre les mains de ses concurrentes européennes, notamment Lufthansa, car elles auraient ainsi pu l’isoler et prendre de l’importance face au groupe. Cependant, il ne s’agit pas non plus d’un investissement à perte. Air France KLM acquiert en effet un accès élargi au marché italien, très touristique, et devrait dégager des synergies évaluées à 90 millions d’euros par an les deuxième et troisième années du partenariat. Bien sûr, les bénéfices de ces synergies seront encore plus importants pour Alitalia, qui les estime à 720 millions d’euros sur les trois premières années.
Le partenariat sera basé sur un système de multi-hub, dans lequel les plateformes d’Amsterdam, Paris (CDG), Rome et Milan seront au même niveau. Cependant, dans les faits, le hub de Rome restera initialement bien plus important, notamment dans le domaine des vols intercontinentaux. Le joint-venture entre Air France et Alitalia va être renforcé tandis que celui entre KLM et la compagnie italienne va être créé. Ainsi, l’ensemble du trafic des trois pays sera couvert. L’accord entrera en vigueur dès qu’il aura reçu le feu vert des autorités de la concurrence et de l’Union Européenne, ce qui devrait intervenir d’ici la fin du trimestre.
La nouvelle Alitalia en piste
L’officialisation du partenariat avec Air France est intervenue quelques heures avant le décollage de la nouvelle Alitalia. Née grâce au rachat des activités de transport de l’ancienne Alitalia par le consortium d’investisseurs italiens CAI et leur fusion avec Air One, la nouvelle compagnie ne compte plus que 12 500 employés et va desservir à partir d’aujourd’hui soixante-dix destinations – vingt-trois domestiques, trente-quatre internationales et treize intercontinentales – avec 2 300 rotations hebdomadaires.
Elle exploite une flotte de 148 appareils qui a été rajeunie avec l’arrivée des appareils d’Air One. L’ancienne partenaire de Lufthansa était en effet en plein renouvellement : elle a apporté deux A330-200 et vingt-trois A320 neufs à Alitalia et possède respectivement douze et quarante-sept appareils en commande, auxquels s’ajoutent douze autres A350-800. Quant à Alitalia, elle a mis en vente quarante-six de ses appareils – deux Boeing 767-300ER, vingt-deux MD-82, huit ATR72 et quatorze ERJ 145 – et ne devrait en conserver que quatre-vingts de son ancienne flotte.
La renaissance d’Alitalia met un terme à quatre ans de tentatives de vente du gouvernement italien. Après l’échec de la seule offre sérieuse de rachat présentée par Air France, la compagnie s’est déclarée en faillite et a été placée sous administration extraordinaire en août 2008. Le consortium d’investisseurs italiens CAI a finalement réussi, malgré la très forte opposition des syndicats du personnel navigant, à faire accepter son offre de sauvetage et a racheté les activités de transport aérien d’Alitalia le 12 décembre pour plus d’un milliard d’euros. Aujourd’hui, Alitalia s’offre un nouveau départ.