Avec un pétrole à plus de 130 dollars le baril (1400 dollars la tonne de Jet-A1), Air France tente de bannir la consommation inutile de carburant. Son but est de ramener sa consommation à 3,7 litres de kérosène par passager sur 100km d’ici 2012. Pour cela, la compagnie française renouvelle sa flotte et s’appuie sur un système de hub plutôt que sur le point à point. Mais pas seulement : elle va chercher le gaspillage partout.
Françoise Barrard, Responsable Assistance des vols et infrastructures (photo), a fait le point sur les différentes stratégies adoptées par Air France pour les gains opérationnels de sa flotte actuelle, lors de la conférence de presse sur l’engagement environnemental d’Air France le 9 juin.
Elle encourage tout d’abord la réorganisation de l’espace aérien européen, qui doit permettre de réaliser des routes plus directes donc limiter la consommation des appareils. Air France soutient ainsi la réorganisation de l’espace aérien par blocs fonctionnels s’affranchissant des frontières politiques d’ici 2013. Cette première étape vers SESAR lui permettrait de réduire de 79 000 tonnes ses émissions de CO2, donc de 25 000 tonnes sa consommation. Quant au Ciel Unique, il devrait être mis en place en 2020. Air France multipliera alors par deux ses économies de carburant par rapport à 2013.
Un autre moyen de réduire la consommation est de diminuer le poids des appareils. Si les constructeurs s’y attachent, Air France tente également d’agir à son échelle en allégeant les trolleys, les containers de fret et les sièges. En 2009, un nouveau siège plus fin et plus léger de 4,5kg sera installé sur la flotte court-courrier. Il devrait permettre d’économiser 8 000 tonnes de CO2.
La suppression progressive de la documentation du personnel navigant technique, remplacée par des EFB (Electronic Flight Bag), permet également une économie de plus de 40 kg sur les cartes, manex et autres manuels présents obligatoirement dans chaque poste.
La compagnie souhaite également optimiser ses performances, par exemple en améliorant le rythme de lavage des réacteurs. Elle diminuerait la consommation de sa flotte de 0,5%, soit de 27 500 tonnes de kérosène par an, l’équivalent d’un Paris – Los Angeles par jour. Sa filiale KLM a ainsi lancé ses « engine water wash » annuels en 2007, accroissant également la longévité opérationnelle de ses moteurs.
Air France se penche également sur l’emport de carburant. La compagnie tente à chaque vol de fournir les paramètres de vol les plus précis possibles afin que l’équipage puisse optimiser l’emport de carburant selon le poids de l’appareil, sa vitesse et son niveau de vol. Par exemple, la distinction entre homme et femme est nécessaire pour mieux évaluer la masse. Air France transmet aussi les spécificités de chaque ligne et les conditions météorologiques détaillées sur la trajectoire.
Enfin, durant toute la durée du vol, il est possible d’agir sur sa consommation. Pendant le parking, un appareil peut limiter l’utilisation de l’APU. Air France travaille également à la diminution du temps de roulage, notamment à Paris avec Aéroports de Paris. Un appareil en roulage peut de plus couper l’un de ses moteurs (voire deux dans le cas d’un quadriréacteur).
En croisière, le pilote cherchera à atteindre un régime optimal en terme de vitesse et d’altitude et à suivre une trajectoire aussi directe que possible en négociant avec le contrôle aérien. Enfin, Air France réalise autant que possible des approches en descente continue, ce qui permet de faire tourner les moteurs au ralenti.