Alitalia est à présent complètement seule et doit repartir de zéro. Après l’interruption des négociations avec Air France KLM le 2 avril, la compagnie italienne a demandé au groupe de clarifier la situation quant à son offre de reprise. La réponse est arrivée le 21 avril et a été claire : l’offre n’est plus valide.
Avec l’élection de Silvio Berlusconi en tant que Premier ministre italien le 14 avril, aucune des deux conditions suspensives qu’Air France KLM avait énoncées le 14 mars n’est plus remplie. Avant de racheter Alitalia pour 139 millions d’euros et de lancer le plan de redressement de la compagnie italienne, le groupe souhaitait en effet obtenir l’accord du gouvernement et de ses syndicats.
Ces derniers ont été les premiers à faire échouer les négociations en demandant au groupe franco-néerlandais de faire beaucoup trop de concessions : maintenir les slots à Milan, conserver les activités déficitaires, diminuer la portée du plan social qui prévoyait plus de 2 000 suppressions d’emplois. Mais selon Air France KLM, il n’aurait alors plus été possible de redresser la compagnie. Il a donc rompu les négociations le 2 avril. Jean-Cyril Spinetta, son Président, avait toutefois précisé qu’il croyait toujours en la reprise d’Alitalia et que la compagnie italienne pouvait toujours accepter l’offre en l’état.
Cependant, Silvio Berlusconi a depuis été élu Premier Ministre. Or durant toute sa campagne, il s’était attaché à torpiller l’offre d’Air France KLM. Se montrant « très critique » envers elle, il avait ensuite affirmé que des douzaines d’entrepreneurs italiens étaient prêts à investir dans Alitalia, sans que cela ait jamais été prouvé. A peine élu, il a viré de bord et annoncé qu’il rencontrerait le Président Nicolas Sarkozy pour tenter de relancer les négociations avec Air France KLM. Mais le mal était fait.
Alitalia se retrouve donc encore seule, dans une situation qui se dégrade de jour en jour. Ses opérations sont déficitaires – elle perd toujours plus d’un million d’euros par jour – et dans quelques mois, elle n’aura plus assez de liquidités pour les maintenir. Elle a donc un besoin urgent d’argent frais. Or elle ne peut pas compter sur l’Etat italien : l’Union Européenne a déjà clairement faire savoir que toute aide étatique serait illégale.
Son problème à présent est que toute offre présentée maintenant devra être négociée, qu’elle vienne du groupe franco-néerlandais ou d’Aeroflot – Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi en ont discuté ce week-end. Cela fera perdre du temps à la compagnie italienne. Or elle n’en a pas. Si elle ne trouve pas très vite des fonds, elle devra être placée sous administration extraordinaire.