Actualité aéronautique Industrie & Technologie 737 MAX : la communication de crise mouvante de Boeing

737 MAX : la communication de crise mouvante de Boeing

AFP
Publié 09/05/2019 | 767 mots
737 MAX : la communication de crise mouvante de Boeing
Le PDG de Boeing Dennis Muilenburg (sur le jump seat) lors d'un vol de démonstration du correctif du MCAS début avril. Photo © Boeing

Boeing a écorné davantage son image en raison d'une communication mouvante qui était pourtant destinée à minimiser sa responsabilité dans les deux tragédies du 737 MAX qui ont tué 346 personnes, estiment des experts.

Depuis l'immobilisation au sol mi-mars de son avion phare à travers le monde, le constructeur aéronautique américain a présenté deux lignes de défense opposées.

Dans les premières semaines suivant l'accident d'un 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines le 10 mars au sud-est d'Addis Abeba (157 morts) qui a plongé Boeing dans une crise sans précédent, le mot d'ordre était clair: assumer sa part de responsabilités.

"On en prend la responsabilité", a lui-même répété le PDG Dennis Muilenburg, affirmant qu'il n'y avait pas de défaut de conception de l'avion bien que l'avionneur travaille à des changements pour faire lever l'interdiction de voler.

Mais fin avril, M. Muilenburg a changé son fusil d'épaule, expliquant que le drame d'Ethiopian et celui de Lion Air d'octobre 2018 (189 morts) étaient la conséquence d'une "chaîne d'événements" et que les deux tragédies n'avaient pas de cause unique.

"Il est difficile de suivre les informations venant de Chicago", le quartier général de Boeing, estime Jim Hall, ancien patron du NTSB, un des régulateurs du transport aérien aux Etats-Unis. "Je ne pense pas qu'ils soient crédibles dans les informations qu'ils fournissent", ajoute M. Hall, reprochant un manque de "transparence" à l'entreprise.

- "Défensive" -

Boeing a été jusqu'à présent "sur la défensive", renchérit Richard Aboulafia chez Teal Group. "Ils devraient revenir à la ligne consistant à reconnaître une part de responsabilité" dans ces accidents.

Gordon Johndroe, un porte-parole de Boeing, argue que l'avionneur est limité dans sa communication par les enquêtes en cours.

"Il nous faut être transparent le plus possible au fur et à mesure que nous apprenons des choses nouvelles", avance-t-il, soulignant l'immense tâche "pour regagner la confiance des pilotes, des personnels navigants, des régulateurs internationaux et des passagers".

Selon les enquêtes préliminaires, le système anti-décrochage du 737 MAX, le MCAS, n'a pas fonctionné correctement, ce qui a conduit la FAA, l'autre régulateur aérien américain, à demander des modifications de ce logiciel.

S'il loue les efforts de Boeing, Dennis Tajer, porte-parole du syndicat des pilotes Allied Pilots, fustige l'explication selon laquelle les accidents sont dus à une "série d'événements".

"Tout allait bien quand ils disaient assumer leurs responsabilités (...) mais quand vous parlez de chaîne d'événements c'est un peu une façon de rejeter la faute sur les pilotes", estime M. Tajer.

- Dilemme -

Pour Scott Hamilton chez Leeham, le simple fait d'évoquer une mise à jour du logiciel alors qu'il s'agit de le modifier ou le réparer est une façon de se déresponsabiliser.

"Ils ne peuvent même pas admettre qu'il y a un défaut de conception" parce qu'ils redoutent les conséquences judiciaires d'une telle déclaration, opine-t-il.

"Je comprends totalement les raisons pour lesquelles ils s'entêtent (...) mais ça ne signifie pas que je cautionne leur attitude", développe M. Hamilton.

Boeing explique que "mise à jour" et "modification" sont "interchangeables": "Le but est que des changements sont en train d'être apportés au logiciel pour faire de cet avion le plus sûr en service", avance Gordon Johndroe.

Michel Merluzeau chez AirInsight research appelle, lui, à mettre fin aux spéculations.

Il préconise de laisser "les enquêtes suivre leur cours de sorte qu'on puisse avoir une vision complète des tragédies".

Pour Scott Farrell du cabinet de communication Golin, Boeing se trouve face au dilemme de toute communication de crise avec des implications juridiques.

Le constructeur "doit gérer une communication de crise en faisant attention entre le tribunal judiciaire et le tribunal de l'opinion publique parce que les règles sont très différentes", dit M. Farrell.

Côté opinion publique, Boeing a perdu beaucoup de points.

Près d'un passager sur deux indique qu'il attendra un peu plus d'un an avant de monter à bord d'un 737 MAX après son retour en service, selon une étude de la banque Barclays, qui décommande par conséquent aux investisseurs d'acheter des actions Boeing.

Les articles dans la même thématique
IL Y A 14 HEURES Avions commerciaux
La famille A220 d'Airbus vient de gagner une heure d'autonomie supplémentaire La famille A220 d'Airbus vient de gagner une heure d'autonomie supplémentaire
Christian Scherer, directeur commercial d'Airbus, a profité des Innovation Days de l'avionneur européen, qui se tiennent actuellement à Toulouse, pour annoncer une augmentation très significative ... Lire la suite
IL Y A 15 HEURES Avions militaires Forces armées
L'armée de l'air se prépare à l'ALSR
L'armée de l'air muscle ses capacités ISR (Intelligence, surveillance, reconnaissance). Les moyens alloués aux missions de renseignement vont s'étoffer dans les mois à venir, à la fois avec l'arrivée de deux systèmes supplémentaires (soit six ... Lire la suite
L'aviation d'affaires se met au vert L'aviation d'affaires se met au vert
C'est un fait, aviation d'affaires ne rime pas avec environnement. Mobiliser un biréacteur pour quelques personnes sur des trajets qui en moyenne ne dépassent pas ... Lire la suite
Le Praetor 600 d'Embraer complète sa collection de certifications Le Praetor 600 d'Embraer complète sa collection de certifications
Le Praetor 600 n'est pas venu à Ebace les mains vides. A la veille de l'ouverture officielle du salon européen de l'aviation d'affaires, qui se ... Lire la suite
Le HH-60W s'envole Le HH-60W s'envole
Le premier HH-60W a effectué son vol inaugural le 17 mai, depuis le site de Sikorsky de West Palm Beach, en Floride, avec quelques mois ... Lire la suite
Dans la rubrique Industrie & Technologie, la Rédaction vous recommande
Airbus A320ceo : le dernier V2500 civil d'IAE bientôt monté sous aile La fin des avions commerciaux de Bombardier
Safran Helicopter Engines regarde du côté des voilures fixes pour son Ardiden 3 La famille A320neo d'Airbus est désormais au grand complet
Boeing 737 MAX : l'arrêt des livraisons commence à se faire sentir dans les finances de l'avionneur Neuf autorités internationales conviées à la certification du 737 MAX de Boeing
07h10 Boeing 737 MAX : les Etats-Unis veulent regagner la confiance du reste du monde
06h58 Aéroport de Nantes: un collectif de riverains saisit le Conseil d'Etat
21/05 La famille A220 d'Airbus vient de gagner une heure d'autonomie supplémentaire
21/05 L'armée de l'air se prépare à l'ALSR
21/05 ADP Ingénierie continue son expansion internationale
21/05 L'aviation d'affaires se met au vert
IL Y A 16 HEURES
AMERICAN AIRLINES et l'aéroport de DALLAS FORT WORTH ont annoncé la construction prochaine d'un sixième terminal sur la plateforme texane. Le travail sur le design a déjà commencé et AMERICAN AIRLINES annonce une mise en service pour 2025. Situé au sud du terminal D et en face du terminal E, le terminal F sera doté à terme de 24 portes d'embarquement.
IL Y A 19 HEURES
(AIRBUS Innovation Days) Christian Scherer, directeur commercial d'AIRBUS, à propos du NMA de Boeing. « D'une certaine façon, j'espère que Boeing fera cette erreur car quelle est réellement la valeur qu'il apporte au marché ?
IL Y A 21 HEURES
(AIRBUS Innovation Days) AIRBUS annonce une augmentation de la masse maximale au décollage (MTOW) de 2,3 tonnes pour la famille A220, permettant une augmentation de la distance franchissable de l'ordre de 450 nautiques pour les deux membres. L'A220-100 voit ainsi son rayon d'action atteindre les 3400 nautiques (6300 km) et l'A220-300 les 3350 nautiques (6200 km).
Retrouvez toute l'actualité aéronautique en bref sur Alertavia, la plateforme d'information du Journal de l'Aviation à destination des professionnels.

L'aviation d'affaires se met au vert
Pour la division Military Aircraft d'Airbus Defence and Space, « la première des priorités, c'est de consolider l'activité »
Recevoir la Newsletter quotidienne du Journal de l'Aviation
En renseignant votre adresse email, vous acceptez de recevoir chaque jour nos derniers articles par courrier électronique. Votre adresse de messagerie est uniquement utilisée pour vous envoyer nos lettres d'information. Vous pourrez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la newsletter.
Notre actualité | Qui sommes-nous ? | Programme rédactionnel | Mentions légales | Confidentialité | CGV | Contact | Plan du site

© 2019 Le Journal de l'Aviation - Groupe AEROCONTACT

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.  OK  En savoir plus