Actualité aéronautique L'avion de combat européen, un geste politique pour le couple franco-allemand
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L'avion de combat européen, un geste politique pour le couple franco-allemand

AFP
14/07/2017 | 768 mots

En lançant jeudi le projet d'un avion de combat commun, Paris et Berlin impriment leur marque politique sur l'Europe de la défense, mais ne remettent pas en cause dans l'immédiat la rivalité entre le Rafale français de Dassault et l'Eurofighter transnational d'Airbus.

L'Elysée a annoncé jeudi que la France et l'Allemagne avaient décidé de développer un avion de combat "européen", destiner à remplacer leurs flottes actuelles respectives.

L'annonce, faite à l'issue d'un Conseil des ministres franco-allemand, marque une rupture avec la situation actuelle, dans laquelle Paris et Berlin ont chacune suivi leur voie en la matière, même si les deux capitales collaborent déjà dans d'autres domaines de défense comme les drones de renseignement.

"La France et l'Allemagne ont très peu coopéré dans l'aéronautique: la France était partie sur le Rafale en solo et l'Allemagne sur l'Eurofighter", rappelle Massi Begous, spécialiste de l'aéronautique au cabinet Roland Berger.

De fait, le paysage européen est dominé par deux modèles concurrents d'avions de combat, mis en service dans les années 2000: le Rafale de Dassault Aviation, un projet exclusivement français, et l'Eurofighter d'Airbus, développé en commun entre l'Allemagne, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie.

Contactés par l'AFP, Airbus comme Dassault s'abstenaient de commenter dans l'immédiat ce qui n'est pour l'heure qu'au stade de la déclaration d'intention par Paris et Berlin.

Mais, au sein du secteur, certains acteurs ne cachent pas leur satisfaction, jugeant logique que l'échelon transnational devienne la règle pour les futurs avions de combats européens.

Reste que "ce dont on parle, ce n'est pas clair: est-ce que l'on parle de remplacer les Eurofighter et les Rafale?", ce qui représenterait une échéance très lointaine, s'est interrogé M. Begous.

- Décennies -

L'Allemagne est confrontée à des considérations plus pressantes puisqu'elle cherche à remplacer sa flotte vieillissante de Tornado, un avion en service depuis les années 1980.

En mars, Airbus avait dit travailler sur le sujet et prévenait déjà que le projet ne pourrait aboutir que "dans le cadre d'une étroite collaboration européenne", sous la férule de la France et de l'Allemagne.

Mais il n'est pas avéré que ce soit ce qu'aient en tête la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron. Le chef d'Etat a évoqué jeudi une "révolution profonde" en ne faisant que tracer de grandes lignes, l'Elysée précisant qu'une feuille de route serait établie d'ici la mi-2018.

Pour Stéphane Albernhe, président du cabinet spécialisé Archery Strategy Consulting, les enjeux sont clairs: "ils ne touchent pas aux projets actuels".

Autrement dit, cette coopération annoncée ne va guère changer la donne dans l'immédiat, le calendrier s'écrivant plutôt en décennies.

"L'Eurofighter, c'est une mise en service en 2004, la durée de vie c'est 40 ou 50 ans... On est sur de la stratégie à cycle très long", souligne M. Albernhe. "Ce sera très certainement un avion de combat sans pilote."

En attendant d'en démêler les conséquences pour le secteur aéronautique, c'est avant tout sur le plan politique que s'inscrit cette annonce, par laquelle Paris et Berlin se placent en première ligne dans le concept souvent flou de défense européenne.

"Des accords bilatéraux entre deux, trois, quatre pays, ça marche, ça a déjà existé... Mais, là, c'est pour dire +la France et l'Allemagne, on va être la locomotive+", juge M. Albernhe.

"Ce qui est sous-entendu entre les lignes, c'est +L'Europe de la défense progressera si le binôme franco-allemand est fort+", a-t-il conclu, jugeant illusoire d'envisager des projets de ce type impliquant l'ensemble des pays de l'UE.

L'enjeu symbolique est d'autant plus important que plane l'ombre de l'américain F-35 de Lockheed Martin, qui est en train de faire son arrivée chez certaines armées européennes, notamment l'Italie.

"La question était de savoir s'il fallait par nécessité se tourner vers les constructeurs américains et la France et l'Allemagne viennent d'empêcher que cela se produise", a jugé Christian Mölling, expert en défense à la fondation Marshall. "C'étaient les seuls à pouvoir le faire."

 
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